Frances Ha, en salles

On l’avait délibérément zappé lors de sa sortie, tant son joli noir et blanc nous semblait un effet de style, à l’image du reste du film. A la faveur de l’été et de la chaleur caniculaire, on l’a revu une fois puis une deuxième fois et on s’est dit que Frances Ha, de Noah Baumbach, pourrait bien devenir l’un de nos films préférés… Explications.

Noah Baumbach n’a pas son pareil pour dépeindre une certaine Amérique blanche, intello et huppée, résidant sur la côte Est, généralement à Brooklyn . Il est aussi connu pour ses comédies dramatiques pince sans rire qui tiennent davantage du drame que de la comédie. Imaginez un peu le cadeau offert à ses parents : Les Berkman se séparent (The Squid and the Whale en VO), c’était lui. Récit d’un divorce, celui de ses parents, deux écrivains narcissiques qui s’entretuèrent (métaphoriquement et littérairement parlant) sous ses yeux quand il était ado.

Avec Frances Ha, il offre à Greta Gerwig , sa nouvelle muse et compagne, depuis son divorce avec Jennifer Jason Leigh , un présent cinématographique qu’on pourrait, au vu de ses expériences passées, croire empoisonné. C’est vrai qu’elle a l’air godiche, notre pauvre Frances, danseuse et étudiante attardée de 28 ans. Noah la fait courir à perdre haleine, avec Modern Love de David Bowie en fond sonore -tiens, ça me rappelle un film de Leos Carax , Mauvais Sang (1986)-, dans un Brooklyn très Manhattan, version Woody Allen avec un ton et des situations à la Rohmer . Visiblement, le réalisateur connaît par cœur ses classiques, ce qui fait craindre un film uniquement référentiel, un peu à la manière du bon élève Roman Coppola qui n’arrive pas à s’affranchir de Wes Anderson…

Et puis, on révise son jugement. Oui, ce que raconte le film, on l’a déjà vu et même parfois en mieux. L’amitié qui unit Frances, l’artiste rêveuse blonde, et sa meilleure amie Sophie, l’aspirante journaliste brune à lunettes, nous rappelle celle de Ghost World , à la seule différence que dans cet autre film, la conformiste au physique de cheerleader, c’était la blonde et l’intello fantaisiste la brune… Si vous n’avez pas vu Frances Ha mais que vous connaissez Ghost World, inversez les couleurs de cheveux et vous avez le même type d’amitié féminine, forgée à l’adolescence, mais qui ne résiste pas à l’âge adule.

A propos de chevelure, Frances Ha ne cesse de répéter qu’elle et Sophie, ce sont une seule et unique fille mais avec des cheveux différents… Deux sœurs jumelles pourrait-on dire à sa place ou plutôt deux jeunes femmes unies par un même désir de fusion complice qui s’imaginent être semblables alors que tout les sépare. Le film est découpé en plusieurs petits chapitres qui correspondent chacun à un changement d’adresse de Frances. L’humour du film est d’accumuler voire d’empiler les situations qui n’ont de cesse de malmener l’héroïne principale ou tout au moins de la présenter sous un très mauvais jour.

Alors que Sophie vole vers le succès (un bel appartement, un fiancé à qui tout réussit etc etc…), Frances semble s’enliser dans un entredeux existentiel : pas encore danseuse professionnelle, elle n’est plus tout à fait apprentie mais l’argent et le succès ne suivent pas… Dépendante de la gentillesse de presque parfaits inconnus rencontrés en soirées, Frances emménage, déménage, ré-emménage, sa mobilité contrainte reflétant l’instabilité émotionnelle et sociale qui semble la gagner.

Malgré le côté répétitif des scènes, on se laisse finalement attendrir par le film, son héroïne et les autres personnages. Des Frances Ha, on en connaît tous et toutes, des Benji, jeune créatif qui rêver de percer chez Letterman (ou au Grand Journal de Canal +, ou aux Inrocks en France), aussi… Des fils à papa qui profitent des relations familiales pour se la coller douce et grimper les échelons sans efforts, également. Finalement cette galerie de portraits qui participent tous un moment ou un autre à la mise à mort sociale de Frances et à sa descente aux enfers new-yorkais aussi, on en a déjà été témoins…

Noah Baumbach réussit une nouvelle fois ce qu’il fait de mieux, à savoir l’adaptation filmique de tranches de vie biographiques. Michael Zegen qui interprète Benji a commencé par se produire, en vrai, chez David Letterman et ce sont les véritables parents de l’actrice Greta Gerwig qui incarnent ceux de Frances à l’écran… Et on pourrait ajouter que Greta a étudié à Barnard College comme Frances dans le film etc etc…

Ce qu’on apprécie aussi dans le film, c’est cet optimisme très Capra : le drame dans Frances Ha touche toujours au burlesque et le film se termine par un happy end général qui tranche avec les autres réalisations de Noah Baumbach. Ode à l’amitié, celle qui dure, Frances Ha voit la réconciliation des deux copines, l’une acceptant au grand jour que ses fiançailles de rêve sont un leurre, une belle façade, l’autre que ses aspirations artistiques ne se soient que moyennement concrétisées… De belles retrouvailles donc -peu réalistes toutefois- qu’on attendait pas chez Baumbach, devenu chantre d’un Brooklyn rêvé. Frances Ha est la preuve que la muse Greta Gerwig a redonné espoir au réalisateur dans le genre humain.

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