La Venus à la Fourrure: soirée d’ouverture du Festival Paris Cinéma 2013

Lancement de l’édition 2013 du festival Paris Cinéma qui cette année met la Belgique à l’honneur. La soirée d’ouverture avait lieu au Gaumont Capucines en présence de l’équipe de la Venus à la Fourrure, dernier Roman Polanski.

Le réalisateur a contourné le jeu des questions-réponses proposé par Aude Hesbert en assénant une vérité: la plupart du temps, les spectateurs sont pressés de voir le film commencer. N’empêche, on aurait peut-être aimé en apprendre plus sur la genèse de cette Venus singulière… Contrairement à ce que le titre pourrait laisser supposer, ce film ne transporte pas le spectateur dans les contrées hard du SM. La Venus de Polanski est avant tout un exercice intellectuel et spirituel.

Le film fonctionne selon un principe de mise en abyme successifs. Polanski filme un réalisateur – double de lui-même en plus jeune- qui adapte au théâtre le texte de la Venus à la Fourrure de Sacher Masoch. Mais, cette trame narrative a été soufflée à Polanski par le metteur en scène américain David Ives dont la pièce de théâtre à succès se trouve elle-même adaptée par Polanski au cinéma dans ce même film.

Des adaptations successives qui pourrait alourdir le propos ? Il n’en est rien dans la première demie-heure. Face à un Mathieu Amalric tout en nuances, on trouve Emmanuelle Seigner , épouse et muse de Polanski qui trouve dans le rôle de Vanda Dupain, actrice vulgaire et en apparence inculte, un moyen de montrer l’étendue de ses ressources comiques. Entre Vanda, double de l’Autre, la Wanda de Dunajew du livre de Sacher Masoch, et Thomas, le metteur en scène BCBG refoulé, fiancé à une Marie-Cécile aussi ennuyeuse que son prénom le suggère, c’est le choc des cultures. Film sur la lutte des classes, brûlot féministe, on pourrait croire que Polanski s’aventure sur ces terrains là. Après tout, c’est le personnage d’Emmanuelle Seigner qui prend l’avantage sur l’autre, moralement, physiquement et intellectuellement.

Il y a quelque chose de très jouissif à voir cette fille de banlieue ou tout au moins des quartiers populaires -elle circule en RER répète-t-elle à l’envie- se payer la tête du metteur en scène. Les dialogues font mouche à -presque- tous les coups même si Emmanuelle Seigner surjoue un peu. Pendant quelques instants, Polanski sort du carcan SM et laisse entrevoir la possibilité d’un thriller. Vanda a littéralement percé à jour le metteur en scène. Manifestement bien informée sur les habitudes de Marie-Cécile, serait-elle un détective privé ? Une actrice en quête de vengeance ? ou tout simplement une femme qui a compris que les vacances à La Baule avec belle-maman et beau papa, ce n’est pas exactement ce qui fait vibrer Thomas.

Las, Polanski abandonne cette piste pour se recentrer sur le texte d’origine et les rapports SM. C’est bien dit, parfois scandé, jamais lourd, grâce à deux magnifiques interprètes. Certaines scènes font monter la tension dramatique -et sexuelle- entre les deux héros. Mais, en évacuant les possibilités scénaristiques offertes par ce choc des classes, on retombe bien vite dans un académisme un peu poussif et surtout, très daté.

Dans le renversement de pouvoir qui s’opère sous nos yeux, Polanski explore quelques pistes intéressantes pour évoquer la montée du désir… La Venus à la Fourrure est surtout une déclaration d’amour à son épouse, Emmanuelle Seigner, mise en scène telle une amante mi-ange, mi-Bacchante, instigatrice avisée, qui guide Thomas dans les tréfonds de son inconscient jusqu’à lui faire vivre ses désirs les plus inavoués.

Mais, la scène finale, plombe le tout: en lieu et place d’une extase, une humiliation, qui se veut finale. Mathieu Amalric grimé en femme et attaché à un cactus géant (symbole phallique faisait remarquer Vanda au cas où on ne l’aurait pas remarqué). Le seul moyen trouvé par la « petite » actrice pour se venger est de réserver au metteur en scène le genre de mauvais traitement destiné aux femmes… On laissera à chacun le soin d’apprécier la misogynie latente et la ringardise de ce type de propos.

La Venus à la Fourrure: un huit-clos inégal, avec des fulgurances de toute beauté. A voir pour le duel Amalric et Seigner.

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