Electrick Children, le 26 juin

Premier film d’une réalisatrice élevée dans une communauté mormone du Nevada, Electrick Children nous entraîne à la suite de deux fugueurs: Rachel et son frère, le ténébreux Mister Will (Liam Aiken, impressionnant)… Une petite merveille, courrez-y…

L’air de rien, Electrick Children s’impose durablement à l’esprit du spectateur. Une bande son irréprochable, du hit Hanging On the Telephone , des Nerves (qui fut repris par Blondie ) à Top of the Hill , titre hypnotisant du groupe néopsychédélique Conduits en passant par le lo-fi Ghost Outside My Hand de Michael Goldman … Une photographie remarquable, une attention aux détails et une maîtrise à la réalisation qui restitue avec la même aisance l’univers confiné et âpre d’un village mormon qu’un squat de skaters perdus au milieu des néons de Las Vegas…

Pour son premier film, Rebecca Thomas frappe fort avec un scenario pour le moins mince. L’histoire d’une jeune fille de quinze ans, Rachel (magnifiquement interprétée par Julia Gardner ), convaincue d’être tombée enceinte après avoir écouté un soir, en cachette, un morceau rock enregistré sur une mystérieuse cassette bleue. Contrainte de se soumettre à un mariage arrangé, elle prend la fuite avec son frère, suspecté d’être à l’origine de cette étrange grossesse. Rachel est décidée à trouver le père de son enfant-miracle, l’auteur de Hanging On the Telephone . Elle quitte l’Utah et file à Las Vegas où elle va trouver refuge parmi de jeunes skaters…

Raconté ainsi, le film laisse craindre le pire. Et pourtant… Rebecca Thomas se détache progressivement de la trame religieuse pour s’attacher à retranscrire la confrontation entre deux mondes complètement opposés. Les jeunes skaters sont en rupture scolaire et familiale, ils consomment de la drogue dans des concerts rock bien arrosés mais ils sont finalement davantage en sécurité que Mister Will (aspirant prophète) et Rachel, rendus complètement inaptes hors de leur communauté par les croyances et les interdits qu’on leur a inculqués… On notera la super performance d’acteur de Rory Culkin en jeune amoureux transi très protecteur.

Qui a mis Rachel enceinte ? Son frère ? Son père ( Billy Zane , très inquiétant) ? Quelqu’un d’autre ? L’énigme ne sera jamais complètement résolue même si la réalisatrice prend soin de laisser plusieurs pistes au spectateur. On apprécie aussi la manière dont elle suggère le fondamentalisme de la famille de Rachel sans jamais forcer le trait ou porter de jugement moral. Le monde dépeint dans Electrick Children est complexe, les apparences sont trompeuses, les religieux ne sont pas des fanatiques qui ne connaîtraient rien du monde « extérieur. » Au contraire des rockers qui sont prêts à accepter l’explication surnaturelle de la grossesse de Rachel – la marijuana aidant- les parents de la jeune fille, pourtant dépositaires de la foi, n’envisagent pas une seule fois la possibilité d’une intervention divine… L’innocence de Rachel, de Mister Will et des skaters contraste fortement avec l’hypocrisie des adultes qui, comme la mère de Rachel ( Cynthia Watros , également très juste) déguisent les secrets de famille et le désir sexuel sous la forme d’une histoire champêtre au sujet d’un cheval mustang… Dans sa quête éperdue de paternité, Rachel en apprendra un peu plus sur ses origines et croisera elle-aussi son Mustang.

Malgré le happy end final, c’est la mélancolie qui domine… comme si Rebecca Thomas avait su capter quelque chose d’irrémédiablement perdu, le rêve d’une enfance parfaite.

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