Meteora

Dans la région des Météores en Grèce, un moine et une moniale, Theodoros et Urania, se découvrent une attirance réciproque. Le jeune réalisateur Spiros Stathoulopoulos restitue leur passion grandissante en mêlant fiction et animation; il compose ainsi d’étranges icônes filmiques dans des paysages à couper le souffle…

Comment rendre possible la rencontre entre deux êtres qui habitent des monastères perchés sur des promontoires rocheux de plusieurs centaines de mètres ? Les Météores sot une région escarpée en Thessalie, célèbre pour ses monastères construits au XI eme siècle pour se protéger des Ottomans. Inaccessibles, ils se révèlent prison pour le couple vedette du film réalisé par Spiros Stathoulopoulos.

Pour rendre cette histoire plausible, le réalisateur a imaginé différents moyens et occasions propices à la rencontre. Une messe, en compagnie des villageois. Une icône métallisée qu’on utilise pour envoyer des signaux de l’autre côté du précipice.

Le vide et la chute tant redoutée, matérialisés par le paysage, sont également intériorisés par le moine et son amie. A mesure que leur attirance physique grandit, des animations, baignées d’or telles des icônes modernes, nous font pénétrer l’esprit du couple.

Si les corps restent -un temps- cachés sous d’épaisses couches de vêtements et de voiles noirs, empêchant le partage de sensations, les sentiments ne parviennent pas à être contenus. Les dialogues sont peu nombreux mais la direction d’acteurs est remarquable. Pas besoin de grands discours pour montrer la passion mais aussi la tendresse qui grandissent.

Les scènes champêtres -le pique-nique avec Urania, mais aussi la visite au flutiste ou à l’ermite, constituent un contrepoint bienvenu à l’ambiance oppressante à l’intérieur du monastère. Mais surtout, ils montrent le basculement de Theodoros, son attrait croissant pour une vie faite de plaisirs simples, en communion avec la nature, ses forces reproductrices, en opposition avec l’ascèse et le renoncement au désir prônés au sein du monastère.

L’une des forces du film est d’avoir délibérément oblitéré le jugement que pourrait porter l’institution -les autres moines et moniales- sur la relation ‘illicite’ de Theodoros et d’Urania. De manière assez peu probable, ils parviennent à maintenir leur amour secret, Urania rejoignant la terre ferme, et le monde des hommes libres, en descendant sur une petite nacelle. A de rares exceptions, on aperçoit les autres religieux.ses, qui semblent trop absorbés dans leur méditation pour prêter attention à la passion dévorante des deux jeunes. Lorsque la séparation se fait trop douloureuse à supporter, l’imagination prend le dessus et gratifie le spectateur de petites scènes poétiques animées… comme celle où la jeune femme imagine que ses cheveux grandissent et franchissent la distance qui la sépare de la chambre de son bien-aimé, pour devenir un pont entre leurs deux univers.

Le réalisateur revisite aussi plusieurs mythes tels que le Minotaure via l’animation, toujours avec le souci d’objectiver les sentiments du couple, de les faire partager au spectateur et de les rendre assez universels. Au lieu de verser dans le film mélodramatique, du type l’amour impossible, condamné de tous, Spiros Stathoulopoulos nous propose la chronique d’un voyage intérieur, d’une découverte de soi très sensuelle et visuellement très réussie.

Un petit bémol peut-être : d’offrir une vision assez passive et attentiste (voire résignée) de la sexualité féminine, la nonne Urania étant toujours l’objet du désir, mais jamais celle qui permet à la relation d’évoluer.

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