Blackbird

Sean est gothique ; il est différent ; on ne l’aime pas. Jusque là tout va bien. Son père chasse le chevreuil au fusil d’assaut. Pourquoi pas. Jusqu’au jour où la police met la main sur l’importante collection d’armes de son père. Détention d’armes illégales ou stockage non conforme, le motif m’a déjà échappé mais peu importe. En 2 temps, 3 mouvements, la police centre son attention sur le fils qu’elle suspecte de planifier un massacre. En effet, celui-ci tient un journal dans lequel il laisse aller ses pulsions homicides et son désir d’en finir une bonne fois pour toute avec l’équipe de hockey sur glace de son collège. Du journal aux armes, c’est le fantasme couché sur papier au projet en cours de réalisation.

Comment est occulté le fait que le père soit le possesseur des armes, c’est une question qui restera en suspens…

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Quoiqu’il en soit, Sean est mis en détention provisoire avant de passer aux assises où il plaidera coupable sur les conseils de son avocat. Je m’arrête là. Les raisons pour lesquelles il est condamné sont parfaitement opaques. On est bien loin de l’histoire de l’innocent pris pour le coupable. Dans ce cas de figure, il peut toujours lutter corps et bien pour prouver son innocence ; dans le cas où il est reconnu coupable d’un crime indéterminé, il n’a aucun moyen de s’innocenter.

C’est qu’il y a une logique de persécution dans l’écriture de ce film. En soustrayant le crime de la condamnation, le héros n’est pas victime d’un malentendu ou d’une erreur judiciaire, mais bien victime d’être ce qu’il est : quelqu’un qui veut se démarquer. C’est tout le désarroi de l’adolescence. On se complaît dans l’idée d’être rejeté, ostracisé, etc… Ce qui dérange c’est que le réalisateur crée une histoire dans laquelle ce syndrome de persécution de l’adolescence n’est plus un repli négatif sur soi-même, une forme de paranoïa, mais le reflet d’une réalité bien tangible. « Le monde m’en veut  » dit l’adolescent ; «  oui, oui, c’est vrai  » répond Jason Buxton.

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Mais l’attirail des fantasmes se déploie plus loin que ça. Sean est amoureux d’une fille « normale ». Il se crée un rapport exactement proportionnel entre son désir envers elle et l’alourdissement de sa peine. Plus encore, c’est franchement elle qui est responsable de l’aggravation de ses malheurs ; en l’encourageant à transgresser les restrictions et les mises à distance ; en ne le défendant jamais publiquement – mais toujours intimement. Dans l’imaginaire romantique, quoi de mieux qu’être meurtri et incarcéré à cause de celle qu’on aime ; elle sait – c’est la seule – qu’il est innocent ; il ne lui en veut jamais, ne lui adresse aucun reproche – alors qu’il aurait largement de quoi – il prend pour lui seul la culpabilité des deux, l’absorbe toute entière héroïquement, humble dans la douleur. Un vrai prince ce Sean, en somme.

Un film qui manque beaucoup de distance par rapport à son sujet.

Titre : Blackbird

Réalisation : Jason Buxton

Interprétation : Connor Jessup, Alexa Fast

Date de sortie : 12/06/2013

Distribution : Zed

Crédit Photos : Zed

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