Only God Forgives

Un type viole sauvagement et tue une femme ; la police le livre à la vengeance de son père ; puis c’est la mère du violeur qui veut venger son fils en tuant, et le père de la fille et le flic qui lui a livré son fiston. Bon, bon. Tout ça se passe à Bangkok, un peu dans les rues, beaucoup dans des bordels. Ryan Gosling, qui a le rôle principal – il fait le frère du violeur – se tait. Il a le rôle du type qui reste distant. Ca peut paraître comme ça un peu court, mais le film est très peu bavard et très peu riche en action – à prendre au sens large, c’est-à-dire, qu’il ne se passe pas grand chose. On déambule beaucoup ; lentement, mais de manière déterminée, comme pour partir à la rencontre de son destin. Et quand on ne marche pas, on se jette des regards profonds et pénétrants.

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Nicolas Winding Refn, pour son dernier film, surjoue le maniérisme, les poses, l’accomplissement de l’inexorable. L’histoire est simple, on l’a vu, c’est une spirale de vengeance cannibale, sans fin ; les personnages sont monolithiques, n’ayant chacun, à peu près, qu’une expression, qu’une humeur. Kristin Scott Thomas, fait la mère, castratrice, maquerelle, dévoratrice – elle est, du reste, très étonnante – Gosling, le solitaire, plus encore que dans Drive , Vithaya Pansringarm, l’exécuteur, qui juge les bons des mauvais, aussi silencieux, sinon plus, que Gosling.

En fait, il plane quelque chose de constamment irréel dans ce film, qui n’est pas uniquement lié à l’ambiance ou l’esthétisme. Insistons sur la caractérisation des personnages : Pansringarm est-il un policier ? Oui, il en a la fonction, mais il n’en a pas le costume. Agit-il dans le cadre de sa fonction ? Non. Il a une autorité bien supérieure à celle de sa fonction. Il est, en plus d’être policier, juge, présidant à un tribunal dont il est le seul parti, et rendant des sentences rescapées d’on ne sait quel vieux code de samouraï, et, enfin, bourreau. Il n’y a chez lui, nulle remise en question, et à vrai dire, nulle ne vient lui contester sa légitimité ; au fond même, c’est tout l’inverse, toutes ses victimes – on me pardonnera le mot – reconnaissent sa justice. A commencer par le violeur, qui attend patiemment sur les lieux de son crime, et qui ne protestera pas quand sera décidée sa mort.

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Bien sûr, que tous les personnages soient des représentations, des « modèles », c’est la volonté de Refn. Ils incarnent, chacun, un type. Ils ne se révoltent pas parce qu’ils sont figés dans les limites de leur rôle, de leur personnage; ils suivent un tracé qu’ils semblent connaître ; accomplissent ce qu’ils ont à accomplir, sans se poser de questions, et se soumettent à ce qu’ils savent être leur destin. Ainsi le violeur ne cède-t-il pas à ses pulsions, mais décide que son heure est venue – « time to meet the devil » dit-il le soir fatidique – avance vers ce qu’il sait que, pour une raison ou une autre, il doit faire. Il ne lutte pas ; ni lui, ni les autres ; il accepte d’être le monstre de l’histoire.

Il résulte de tout cela que le film paraît pétrifié, et déshumanisé même, si on considère que l’humanité c’est justement se révolter contre les déterminismes. Le film divise : on le trouvera soit très beau, soit parfaitement glacial.

Titre : Only God Forgives

Réalisation : Nicolas Winding Refn

Interprétation : Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas

Date de sortie : 22/05/2013

Distribution : Le Pacte

Crédit Photos : Le Pacte

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