Après la nuit, Quinzaine des Réalisateurs

Premier film d’un jeune réalisateur suisse d’origine portugaise, Après la Nuit, filmé dans le bidonville créole de Lisbonne, est sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes. Un film avec de nombreuses idées intéressantes, pas toujours complètement exploitées, mais que l’on suit avec plaisir.

Après la nuit, c’est d’abord une ambiance, celle des jeunes habitants du bidonville créole de Lisbonne. C’est aussi un phrasé, limite scandé, soudain rapide comme une mitraillette, qui emporte tout sur son passage. Basil Da Cunha a su restituer sans misérabilisme ou sensationnalisme le quotidien de ces jeunes paumés qui s’adonnent aux trafics en tout genre, pour surtout, le film nous en donne l’impression, lutter contre l’ennui.

Les chefs de bande du film n’ont pas l’air très malins: ils sont tellement occupés à danser, boire et s’affronter lors de joutes verbales à propos de tout et de rien qu’il leur arrive d’être eux-mêmes victimes de vol ou d’arnaque. A cause d’une embrouille -qui a bien pu voler le matériel audio du chef ? – Sombra, à peine sorti de prison, est soudain plongé dans une série de problèmes qu’il devra bien malgré lui essayer de résoudre.

L’intérêt du film est d’avoir choisi comme héros principal un personnage aux antipodes des rappeurs bodybuildés qui peuplent les nuits du bidonville. Sombra le bien-nommé est un grand échalas, au visage anguleux, taciturne, qui préfère l’ombre à la lumière et au clinquant bling-bling . Pedro Ferreira , l’acteur qui interprète Sombra, est formidable.

On prend plaisir à le suivre dans ses déambulations nocturnes en dépit d’enjeux scénaristiques et dramatiques assez minces. Basil Da Cunha compose une série de scénettes très sympathiques: Sombra confronté à une tata en verve, un brin castratrice qui le force à consulter un sorcier vaudou, Sombra se nouant d’amitié pour une fillette aussi esseulée que lui, à qui il finira par confier son iguane avant de fuir définitivement…

On aurait aimé que certains personnages soient davantage fouillés : l’ami un peu cinglé qui se révèle visionnaire ou la petite frappe discrète qui prend toujours la défense de Sombra sans s’attirer la colère du chef de gang… On regrette peut-être aussi que Sombra ne sorte pas vainqueur ou grandi de cette longue déambulation nocturne très stylisée (magnifique photo)… Mais, Après la nuit , est finalement emprunt du même fatalisme qui caractérise le comportement de son héros principal… Les héros d’Après la nuit ont beau être habillés comme des rappeurs, s’il ne fallait retenir qu’une musique accompagnant leur fuite en avant, ce serait les accords mélancoliques joués à l’accordéon par les vieillards édentés du bidonville… Basil Da Cunha : un réalisateur à suivre.

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