Gatsby le Magnifique

Gatsby c’est le mythe de l’homme qui a tout mais qui n’a rien. Multi-millionnaire qui dépense dans des fêtes pharaoniques ; toujours avide, jamais satisfait.

Plus que des feux d’artifices et un déluge de fastes, Luhrmann a le sens du détail, de touches fulgurantes qui passent à l’écran en un instant pour être aussitôt substituées par d’autres. On sent bien qu’il s’enivre à une reconstitution fantasmatique des roaring twenties . On retiendra, entre autres, l’improbable organiste au pair, perdu entre Prince, Beethoven et Cab Calloway, une excellente bande-son jazzy hip-hop, un sens du montage et du rythme impressionnant.

gatsby02

Malheureusement, une fois le décorum planté ( et bien donc ) au moment où se nouent les enjeux, le film s’égare. Il y a d’abord une scène de comédie romantique très maladroite : Gatsby, que tout réussit, se retrouve idiot, désarmé, devant la fille qu’il cherche à séduire. L’amoureux qui perd ses moyens, manque d’assurance, renverse les vases ( ici une horloge ) c’est un classique. Luhrmann surjoue le ridicule de la situation à un point cartoonesque et ne parvient ni à émouvoir, ni à faire rire ; on y croit tout simplement pas. Le film qui, en un sens, commence ici, ne parvient jamais à prendre son essor.

gatsby03

Pour quelles raisons ? D’abord, il y a un problème de casting : Leonardo Di Caprio qui semblait fait pour le rôle ; il avait joué Howard Huges, déjà une sorte de Gatsby ; correspond moins qu’on ne le croirait : il a certes l’élégance requise mais n’a pas l’autorité ou la prestance ; celle d’Orson Welles dans Citizen Kane  – film auquel ce Gatsby fait beaucoup penser et qui devait déjà probablement beaucoup plus au roman de Fitzgerald qu’on a pu le dire – celle d’un homme capable de plier le monde à ses genoux. Ensuite, et surtout, Carey Mulligan est fade. Sans relief, ni mystère ; gentille, prévisible ; son visage inspire trop naturellement la confiance. Luhrmann peut déployer toute son inventivité, faire tous ses efforts, son couple n’attire pas, ou peu.

gatsby01

Gatsby c’est aussi l’homme en quête de l’inatteignable, de l’illimité, animé d’un espoir en son avenir et d’une conviction inébranlable dans sa capacité à modeler sa vie comme il l’entend. C’est ce qui le perd et ce qui suscite l’admiration du héros/narrateur, Nick Carraway – interprété par Tobey Maguire. Gatsby est au-delà de ses fêtes parce qu’elles sont le présent et que lui n’est que projections dans le futur. Ce qui le rend « magnifique » c’est son idéal.
Au lieu de voir un homme disparaître dans une forme de grandeur, vaincu par ses chimères et ses illusions, on regrette de trouver le personnage réduit à un névropathe, pathétique et jaloux, qui hante les buissons de son rival.

Ambitieux projet pour Baz Luhrmann que cette nouvelle adaptation de F.Scott Fitzgerald, mais décevant donc ; on retiendra malgré tout la direction artistique et quelques passages lumineux.

Titre : The Great Gatsby

Réalisation : Baz Luhrmann

Inteprétation : Leonardo Di Caprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan

Date de sortie : 15/05/2012

Distribution : Warner Bros. France

Crédit Photos : Warner Bros. France

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**