Sympathy for Delicious, de Mark Ruffalo

Prix spécial du jury au festival de Sundance, Sympathy For Delicious réunit un super casting d’acteurs: Juliette Lewis, Orlando Bloom, Laura Linney et Mark Ruffalo pour une improbable histoire de miracles accomplis par un DJ handicapé, interprété par Christopher Thornton, acteur tétraplégique… Malgré un découpage scénaristique et des partis-pris narratifs déroutants, le charme opère sur fond de musique rock…

Sympathy for Delicious est un projet longuement mûri… tout simplement parce qu’il aura fallu beaucoup d’énergie et de persévérance à Mark Ruffalo pour trouver les financements nécessaires au tournage… Sympathy for Delicious témoigne de l’amitié unissant Ruffalo à Christopher Thornton , le scénariste du film et l’acteur qui interprète DJ Delicious… On imagine bien que le combat de DJ Delicious, DJ reconnu qui finit clochard à Skid Row avec les autres laissés pour compte de Los Angeles, comporte des similarités avec les difficultés professionnelles rencontrées par le jeune et prometteur acteur Christopher Thornton après l’accident de randonnée qui l’a rendu tétraplégique… Pour autant -et finalement tant mieux- le film n’est pas une nouvelle success-story autour d’un handicapé triomphant de l’adversité et de l’incompréhension…

En fait, la force (mais peut-être aussi d’une certaine manière la faiblesse) de Sympathy for Delicious est de louvoyer à la frontière des gens cinématographiques. Est-ce une critique sociale ? Une bonne première partie de l’action se déroule à Skid Row , quartier de Los Angeles où ont élu domicile de nombreux SDF. A travers la peinture très réaliste de la mission mise en place par le Père Joe pour venir en aide aux sans-abri, on comprend vite qu’aux États-Unis, il suffit de pas grand chose pour se retrouver à la rue…

Après ce moment d’introduction, on bascule dans le fantastique: Delicious D découvre par accident qu’il a reçu un don de guérison. Les scènes de miracles et de liesse populaire s’enchaînent. Seul hic : cela ne fonctionne pas sur lui. Bon gré, mal gré, Delicious accepte de mettre cette bénédiction au service de la communauté des SDF… en échange de quelques compensations : une chambre dans un motel et un peu d’argent pour ses dépenses quotidiennes.

En montrant comment Delicious D est instrumentalisé par l’Église puis par les musiciens qui l’incorporent à leur show tel un monstre de foire, le film s’aventure sur les pentes de la satire féroce des évangélistes, des guérisseurs de tout poil, mais aussi du milieu rock… La scène où l’agent du groupe (interprétée par Laura Linney ) joue à l’ex-petite fille innocente, élevée chez les Sœurs et regrettant son passé d’enfant vertueuse face au Père Joe est symptomatique de l’hypocrisie affichée par tous les personnages, à l’exception d’Ariel ( Juliette Lewis ).

Delicious D est ainsi décrit comme un être profondément ambigu, un anti héros finalement assez antipathique, prêt à tout pour renouer avec le succès… Le reproche principal adressé au film à sa sortie par les critiques américains était d’avoir fait du personnage principal un individu qu’on a dû mal à aimer. C’est, me semble-t-il, l’un des mérites du film de montrer qu’un type en fauteuil roulant peut aussi faire preuve d’immoralité. Le film de Mark Ruffalo affiche un relativisme moral qui empêche le film de se fourvoyer complètement dans une histoire de chute-rédemption comme en raffole le public américain. Qui manipule qui ? La fin justifie-telle les moyens ? Le besoin de croyance ne légitimisme-t-il pas l’imposture et la tromperie ?

A quelques minutes de la fin, après que l’action se soit resserrée autour du couple Joe-Delicious, le film rebascule dans le merveilleux. La boucle est bouclée, Sympathy for Delicious s’achève presque comme il avait commencé, laissant le spectateur avec une foule de questions… Sans révéler la fin, on peut dire que le film risque de perdre sur son chemin athées ou rationalistes endurcis… En même temps, Mark Ruffalo tisse une histoire originale autour de la notion de hasard et de destinée…La photo est extrêmement soignée, très belle, transfigurant Skid Row et les paysages de route de fin.

Les acteurs sont tous très bons, certains dans des rôles à contre-emploi… Enfin, si le contexte religieux est catholique, les tribulations de Delicious rappellent par moments celles de Earl (dans la série éponyme), ex-petit voyou, bien décidé à se faire pardonner toutes ses mauvaises actions pour éviter la colère de « Karma »… Considérer le film comme une fable est un moyen pour se laisser prendre par cette histoire « incroyable. »

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**