Musique et Cinéma: Exposition à la Cité de la Musique, La Villette, Paris

La Cité de la Musique propose d’excellentes expositions. Pour mémoire, on citera les rétrospectives Django Reinhardt ou Bob Dylan… N.T. Binh, critique à la revue Positif sous le nom de plume Yann Tobin, est commissaire de l’exposition Musique et Cinéma qui entraîne le visiteur dans une fantastique spirale de sons et d’images… A découvrir jusqu’au 18 août 2013.

N.T. Binh a été commissaire de l’exposition Paris au Cinéma qui s’était tenue à l’Hôtel de Ville de Paris en 2006. L’exposition Musique et Cinéma témoigne, s’il en était besoin, de sa capacité à mettre en scène des séquences cinématographiques mythiques en alliant émotion et caractère didactique.

Musique et Cinéma nous plonge dans une ribambelle de bandes sons, de génériques de films et d’ambiances sonores cinématographiques. Mais le but de l’exposition n’est pas de cultiver la nostalgie du spectateur mais bien de lui faire réfléchir au mariage improbable et pourtant réussi entre musique et cinéma.

Des débuts du parlant à la bande son du film culte Drive (réalisé en 2011), la musique est au service du cinéma: pour souligner certains moments clefs de l’intrigue, pour suggérer ou accentuer les sentiments des personnages, pour stimuler l’inventivité des scénaristes… On a parfois reproché à certains compositeurs comme Max Steiner (Autant on emporte le vent) de prendre le spectateur pour un imbécile et de  » mickeymouser  » l’ensemble des actions: la musique souligne alors le moindre événement ou sentiment.

La musique accompagne les images, parfois même elle les précède. Ainsi, toute une partie de l’exposition est consacrée aux films ayant été directement conçus pour mettre en valeur certaines musiques. C’est le cas de West Side Story ou Fantasia -véritable célébration du Sacre du Printemps composé par Stravinski ou du ballet Casse-Noisette de Tchaïkovski- mais aussi Les Parapluies de Cherbourg , hommage de Jacques Demy aux comédies musicales hollywoodiennes, sur une partition de Michel Legrand .

L’exposition évoque aussi les biopics consacrés à des musiciens ( Amadeus , Ray …). Plusieurs interviews de réalisateurs et de nombreux extraits de films montrent aussi comment la musique peut être utilisée en décalage avec la thèmatique du film, offrant un contrepoint tragique ou humoristique. On retiendra ainsi Martin Scorsese qui explique que les meurtriers de Casino méritaient La Passion selon Saint Mathieu de Jean-Sébastien Bach, qu’ils en avaient besoin pour rester humains et s’élever moralement… D’autres fois, le morceau choisi colle parfaitement à l’action comme ce long travelling de Mauvais Sang de Leos Carax où la souffrance intérieure et l’urgence de Denis Lavant sont mises en musique sur Modern Love de David Bowie.

L’exposition donne aussi la parole à de nombreux arrangeurs et compositeurs de musique de films. On redécouvre le travail de Gabriel Yared pour 37°2 le matin avec le sublime morceau interprété par Jean-Hugues Anglade et Béatrice Dalle au piano.

Certains compositeurs agissent en amont, ils composent la musique du film avant le tournage, en s’imprégnant des notes d’ambiances rédigées par le réalisateur… D’autres sont présents tout au long du processus de réalisation et contribuent à la modification de certaines scènes via leurs recommandations…

L’exposition met aussi en lumière des outils ou des choix originaux pour concilier musique et images : les petits carnets utilisés sur le tournage de La Lectrice réalisé par Michel Deville … Pour India Song , Marguerite Duras , aux prises avec des difficultés de montage, décide d’enregistrer l’ensemble des dialogues en voix off, offrant une immense place à la musique de Carlos d’Alessio .

L’inventivité et l’humour caractérisent les génériques projetés dans leur intégralité. Si certains mettent en valeur les têtes d’affiche ( Diamants sur Canapé avec Audrey Hepburn ou L’Arnarque avec Robert Redford et Paul Newman), d’autres, plus intrigants, préfèrent miser sur un subtil teasing du spectateur via les mains du magicien Gérard Majax qui occupent tout l’écran dans le générique du Grand Blond avec une Chaussure Noire , la Panthère Rose du film éponyme ou le chat noir de Walk on the Wild Side , film réalisé par Edward Dmytryk en 1962.

[Générique du Grand Blonc avec une Chaussure Noire->http://youtu.be/cllJzGDWyas]

Enfin, l’exposition fait une place de choix au duos réalisateur-compositeur/arrangeur. Certains réalisateurs (David Cronenberg, David Lynch , Clint Eastwood) sont eux-mêmes compositeurs de musique. Mais, cela ne les empêche pas de faire appel à un même collaborateur pendant de longues années. Angelo Badalamenti a ainsi composé la BO de Twin Peaks et de Blue Velvet

Chanson de la série TV Twin Peaks.

Les duos fructueux ne manquent pas et on citera, en guise de conclusion, trois d’entre eux: Tim Burton et Danny Elfman, Alfred Hitchcock et Bernard Herrmann (The Ghost and Mrs Muir, Psycho, Vertigo, North by Northwest…) et Henry Mancini (Pink Panther, The Party…) et Blake Edwards .


Henry Mancini pour Charade , film de Stanley Donen .

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