Inch’Allah

Chloé, une infirmière québecoise, vit à Jérusalem et exerce son métier à Ramallah ; tous les jours, pour aller travailler ou pour rentrer chez elle, elle doit se présenter aux checkpoints qui encerclent la ville.
Elle se lie vite d’amitié avec Rand, une palestinienne qui vit dans un camp de réfugiés en bordure de la ville.

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Il y a dans le personnage de Chloé une humanité qui la pousse à s’investir, à se rapprocher de la vie de la palestinienne mais aussi un déni ; déni de la guerre et déni des frontières.
Chloé pour lutter contre la réalité de la guerre, la refuse, la barre, décrète qu’elle n’existe pas.

C’est finalement frappant d’observer que, de tous les personnages, le médecin qui travaille avec elle qui lui reproche ses amitiés, et dont on suppose l’intolérance, sa colocataire militaire à Jerusalem, et bien sûr, le couple avec lequel elle se lie, Rand et son frère, Faysal, c’est elle, Chloé qui se fourvoie le plus profondément dans le regard qu’elle porte sur le conflit israélo-palestinien en adoptant une attitude de déni. Consternée par la réalité des checkpoints, elle choisit de faire comme si ils n’existaient pas. C’est d’abord Faysal qui le lui fait remarquer : Chloé, pour se montrer généreuse, offre à Rand, Faysal et leurs enfants de sortir de Ramallah. Elle est québecoise, elle a cette liberté là ; le couple palestinien ne l’a que parce qu’il est sous sa tutelle. C’est pour le mari, une humiliation. Chloé, elle, ne comprend pas. Elle veut faire comme si les restrictions n’existaient pas, c’est sa manière de lutter. Au fur et à mesure, tous ses proches, israéliens ou palestiniens ne la comprennent pas. Chacun attend d’elle qu’elle choisisse un camp.

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Le film s’ouvre sur une manifestation de soutien envers une martyr ; image ordinaire ; abstraite presque. Le film se clôt avec le suicide de Rand qui, après avoir perdu son enfant parce qu’elle est restée coincée à un checkpoint et a été contrainte d’accoucher dans la rue, se fait sauter sur une place de Jerusalem. Façon pour la réalisatrice de donner de la réalité à « l’irréalité » de la scène d’ouverture. On entend en off la femme donner les raisons de son suicide : elle préfère exister dans la mort que ne pas exister dans la vie. On pense au récent film de Nabil Ayouch, le très réussi Les Chevaux de Dieu qui montrait l’absurdité profonde et la tragédie des attentats kamikazes ; c’était une conclusion brillante et puissante ; elle est là dans Inch’Allah , rigoureusement l’inverse.

En fait, le film avance à l’envers du chemin qu’il devrait prendre : d’un conflit qui a du sens parce qu’il est perçu d’une manière simplifiée, manichéenne, l’héroïne devrait plonger vers l’irrationalité de la guerre, se confronter à ce qu’elle est vraiment : un chaos, un cannibalisme perpétuel. Anaïs Barbeau-Lavallette a préféré faire apparaître progressivement le sens de ce conflit ; d’abord en montrant une jeep israélienne percuter volontairement un enfant et lui rouler dessus en marche-arrière, puis en se concluant avec le suicide de Rand. Un attentat suicide est-il un acte lucide, censé ? On pense que non, la réalisatrice semble croire que oui.

Titre : Inch’Allah

Réalisation : Anaïs Barbeau-Lavalette

Interprétation : Evelyne Brochu, Sabrina Ouazani

Date de sortie : 03/04/2013

Distribution : Happiness Distribution

Crédit Photos : Happiness Distribution

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