Alps

Une société secrète baptisée Alps propose aux gens qui sont affligés par un deuil de substituer la personne dont l’absence fait souffrir, par une autre personne – en l’occurrence un des membres de la société.

Concept parfaitement absurde que le cinéaste grec, Yorgos Lanthimos, ne s’efforce même pas à rendre plausible – ç’aurait de toute façon été impossible. Il faut voir le chef de la bande, Mont-Blanc ( ils portent tous le nom d’une montagne des Alpes ; Matterhorn, Mont-Rose, etc… ) recueillir 2 ou 3 informations sommaires sur un commandant de bord récemment décédé, auprès du frère de celui-ci, puis planter une casquette sur le front d’un de ses « substituts » et demander s’il «convient». Une des seules informations données est que le commandant était chauve ; son remplaçant a les cheveux mi-longs. Il n’empêche, le frère est convaincu. C’est d’autant drôle que le « substitut » ne semble pas faire le moindre effort pour jouer un rôle : il apparaît, mou, sans expression, sans motivation, juste avec sa casquette de commandant de bord, en attendant d’être « validé. »

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Prévenons tout de suite, il faut aimer l’humour à froid. Les membres du groupe ont quelque chose de ninjas à la retraite, cultivant l’excellence – du moins en paroles – mais n’ayant que l’allure de gymnastes fatigués. Quand Mont-Blanc explique qu’il a choisi d’appeler le groupe Alps parce que les montagnes des Alpes sont irremplaçables, à l’inverse de n’importe quelle autre montagne, comme le Mont Ararat ou le Mc Kinley, il dit ça sur un ton parfaitement sérieux. Personne ne rit ou ne le prend pour un fou. Ninjas du dimanche qui se consacrent à une mission complètement fantasque.

Néanmoins, nous le disions, l’hypothèse d’une substitution de personne décédée est tellement folle, improbable – qui accepterait de voir quelqu’un jouer le rôle d’un de ses proches ? – que le fait de ne pas adopter une attitude réaliste permet tout simplement au récit d’exister. On accepte ces « remplacements », leur réalité, comme on accepte un postulat cinématographique. Si le réalisateur essayait de nous convaincre qu’ils pourraient avoir lieu, en insistant sur le travail de préparation des membres d’Alps, en imaginant l’existence de sosies, nous ne verrions que tout ce qui fait que cette entreprise est impossible, que tout ce qui ne fonctionne pas. Ces problématiques balayées, on prend l’histoire comme on nous la propose.

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S’il n’est pas question de ressemblance physique, que reste-t-il ? Des mimétismes. Les membres d’Alps apprennent des phrases toutes faites, des attitudes. Il en résulte quelque chose de drôle, bien sûr ; mais d’inquiétant aussi. Le confort, la sérénité de l’esprit est de voir se répéter des mécanismes, même si ce sont des mécanismes de rejet ou de violence. Les gens qui font appel à Alps demandent finalement des rituels ; une continuation d’habitudes avant tout.

Derrière ses apparences de comédie absurde, le film joue avec les idées de représentations et de mise en scène de soi, plus habilement qu’il n’y paraît.

Titre : Alps

Réalisation : Yorgos Lanthimos

Interprétation : Aggeliki Papoulia, Johnny Vekris

Date de sortie : 27/03/2013

Distribution : A3 Distribution

Crédit Photos : A3 Distribution

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