Dead Man Talking

 

Un homme est condamné à mort par injection létale. Le film débute et l’ambiance est lourde. On sent venir le film-réquisitoire. Et puis un prêtre arrive ; il est un peu en retard ; commence un dialogue entre lui et le directeur de la prison légèrement décalé. Juste après, alors que le directeur ouvre les rideaux qui dissimulent les cabines dans lesquels sont censés se trouver les témoins de l’exécution, on voit un journaliste rondouillard, chapeau mou enfoncé sur le crâne et imper façon reporter de vieilles séries télé.


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Patrick Ridremont, devant et derrière la caméra, tente en fait le burlesque et le tragique. L’action de son film se situe dans un monde fictif ; ça n’est ni la Belgique où la peine de mort ne se pratique pas, ni les Etats-Unis ; c’est l’univers de la fable ou du conte, un hors-temps, nulle part et partout. Le condamné à mort, avant son exécution, a le droit à une dernière parole ; alors que fait-il ? Il s’exprime, raconte sa vie, profite de ce que sa sentence ne puisse être exécutée avant qu’il ne se taise. 10 secondes de silence lui seront fatals. Et puis la peine devant être appliquée entre 20h et minuit, il la repousse de jour en jour, toujours en parlant. Ridremont compare son principe à celui des Mille Et Une Nuit  ; il y a de ça. On pense aussi un peu à Mr Smith Goes To Washington , où James Stewart ne doit jamais cesser de parler.

Ce sursis du condamné à mort attire l’attention des médias et, forcément, des politiques. De son exécution ou de sa grâce se joue une bataille électorale entre 2 « gouverneurs », l’un invisible, l’autre curieux Hercule Poirot, un peu benêt, à veste à carreaux et moustaches. C’est une des touches les plus belges de ce film qui l’est énormément.

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Il y a ci-et-là quelques maladresses, mais l’alternance de l’absurde, du parodique au sein d’un drame humain relève d’un tour de force qu’il faut reconnaître au réalisateur-acteur. En fait d’alternance, c’est bien plutôt un tout cohérent qui se dessine, où les situations, selon leur éclairage, peuvent être vues pour ce qu’elles ont de drôle ou de tragique. Le pari d’atteindre l’universel par la suppression des repères géographiques et temporels est le plus audacieux et le plus risqué ; on pourra peut-être y voir une simplification – comme souvent dans les récits qui refusent de s’insérer dans une réalité historique – mais c’est là que le film est le plus étonnant, c’est là qu’il trouve toute sa singularité.

Notons enfin un magnifique travail photographique de Danny Elsen qui contribue considérablement à crédibiliser l’univers fictif de Ridremont.

Titre : Dead Man Talking

Réalisation : Patrick Ridremont

Interprétation : Patrick Ridremont, François Berléand, Virgine Efira, Christian Marin

Date de sortie : 27/03/2013

Distribution : Atypik Films

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