Les voisins de Dieu, sortie le 27 mars.

Les Voisins de Dieu, film de Meni Yaesh nous plonge dans le quotidien d’une bande d’amis, Avi, Kobi et Yaniv, la vingtaine bagarreuse, tous trois habitants du quartier Bat-Yam, en banlieue de Tel-Aviv. Film musclé, plein de scènes d’action, Les Voisins de Dieu est aussi un drame psychologique sur la jeunesse israélienne, partagée entre modernité et religion…

Lorsqu’Avi descend de sa tour pour en découdre avec les juifs russes qui, stationnés plus bas, violent, selon lui, shabbat en écoutant la radio toutes fenêtres ouvertes, il est la proie aux quolibets. C’est qu’avec sa kippa Armani et sa démarche chaloupée, Avi, défenseur des traditions, a pourtant le look d’une racaille des faubourgs… Le jeune russe, qui sera roué de coups, est le premier personnage à pointer du doigt l’ambivalence d’Avi. Défenseur acharné de ce qu’il croit être la religion, le jeune homme adopte pourtant des comportements irrespectueux qu’il est le premier à condamner chez d’autres individus… L’intérêt du film Les Voisins de Dieu est de mettre en scène, sans jamais émettre de jugement moral, la légitimation, par un petit groupe de jeunes, d’actions de violence, prétexte à évacuer toutes les frustrations, au nom de la religion. Les différentes séquences composées par Meni Yaesh illustrent aussi comment une interprétation littérale des textes sacrés peut conduire au pire des crimes.

Dans Les Voisins de Dieu, ce n’est pas la religion qui est en cause, plutôt l’usage qu’on en fait. Les personnages de rabbins sont tous très sympathiques… ils représentent un courant religieux, Breslev , qui est d’ailleurs tourné vers la joie et la simplicité. Les divers entretiens qu’ils accordent aux jeunes sont parmi les plus beaux du film, notamment lorsque le rabbin interprété par Gili Shushan (auteur de hits religieux hors écran) explique que les téfillines et phylactères -cubes de cuir contenant des passages de la Torah noués au bras gauche et sur le front, fixés par des bandes de cuir- symbolisent l’union entre l’homme et Dieu et peuvent être portés « dans le coeur », sans nécessiter de lanières… Une autre scène montre qu’Avi est bien un jeune comme les autres, à un détail près. Il écoute de la techno, fume du shit mais toute son énergie est au service de Dieu, ses dribbles de foot sont des offrandes tout comme les morceaux de musique qu’il mixe…

Meni Yaesh ne pointe jamais du doigt un responsable mais dénonce au contraire les processus de victimisation et de recherche de coupable. Son film, profondément humaniste, dépeint une communauté juive joyeuse, très disparate dans sa manière de faire shabbat… Par contre, le jeune réalisateur filme avec merveille l’escalade de la violence et comment Avi, bouleversé par sa rencontre avec Miri, jeune israélienne non-pratiquante, découvre finalement une manière plus subtile (adulte?) d’être proche de Dieu. L’histoire d’Avi et de Miri est aussi le récit d’une découverte de la sensualité et du désir, les préjugés d’Avi et de ses amis sur les femmes étant le reflet de leur inexpérience sexuelle et de leurs craintes à ce sujet…

Enfin, le film est aussi un vibrant hommage aux films de gangsters américains des années 1980 . Certaines situations évoquent l’influence de films comme Scarface ou ceux de Martin Scorsese sur des jeunes un peu paumés. Mais, la violence dans Les Voisins de Dieu n’est jamais gratuite et le propos du film, résolument optimiste, illustre comment un homme sur la pente du crime peut, à travers de belles rencontres (Miri mais aussi les deux rabbins) s’affranchir de ses peurs et découvrir sa propre humanité en acceptant de se laisser émouvoir.

Au final, un film abrupt, qui réserve néanmoins de nombreux moments d’émotions et surtout de magnifiques images grâce au travail réalisé par le directeur photo. On retiendra ainsi l’une des séquences finales où Avi, se dénudant littéralement et symboliquement, connaît un nouveau « baptême », au petit matin.

Prix SACD : Semaine Internationale de la Critique 2012 (Cannes)
Chistera du meilleur réalisateur : Festival International des Jeunes Réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz – édition n°17 – 2012.

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