Saga Die Hard

On peut penser que le dernier  Die Hard  , le plus mauvais de la série, vient clore une bonne fois pour toute la saga John McClane. L’occasion d’en faire un bilan.

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On a tort de croire que la réussite d’un film d’action repose exclusivement sur la qualité de ses scènes d’action, de penser qu’il s’agit uniquement de faire un film plus bruyant que les autres. L’explosion des moyens de tournage depuis 10 ans le prouve plus que jamais : aujourd’hui les réalisateurs de ces films ne sont plus contraints par le plateau ou la caméra ; ils jonglent entre les prises de vue réelles et les shots numériques – certains séquences du dernier épisode sont entièrement réalisées en CGI. Il ne s’agit plus de dépasser ses capacités mais de composer avec l’illimité. Perspective bien différente d’une époque où on se lamentait que le film donnait moins que ce que l’affiche promettait ; maintenant que le film donne autant, on reste finalement toujours aussi frustré. Parce que des personnages réussis et une écriture bien menée n’est, en définitive, pas le propre d’une catégorie donnée du cinéma, drames et autres, mais de tout récit cinématographique.

Ce qui diffère foncièrement ce sont les modes d’identification : le héros de film d’action est bigger than life , on se projette en lui plus qu’on ne se reconnaît en lui. Ce peut-être aussi, comme c’est le cas dans Die Hard , un dosage des 2.

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Piège de Cristal présente John McClane, un petit flic de New York, séparé d’avec sa femme, parce qu’il n’a pas voulu la suivre à Los Angeles où elle a eu une promotion. Blessure de l’ego : qu’une femme suive un homme là où sa carrière professionnelle le mène est une chose, l’inverse en est une autre. C’est ce qui se passe ici, Holly Genero McClane est une business woman pleine de réussite, mariée avec un homme qui n’est pas à sa hauteur. Il aurait voulu qu’elle reste, elle a préféré partir. John McClane, on nous le ressasse, est de la vieille école et digère mal que sa femme ramène plus d’argent que lui. Il n’empêche, il est amoureux d’elle et prend sur lui d’aller à Los Angeles la retrouver.

Il n’y va pas de bon cœur donc. Arrivé sur place et même avant, tout le rebute. Question de ne pas se sentir dévalorisé. L’avion, comme tout ce qui incarne la modernité, le met mal à l’aise. Où qu’il pose le regard, il est consterné, mais ça n’est pas de la révolte, c’est une plutôt une sorte de mépris nonchalant ; Los Angeles est pour lui m’as-tu-vu, excentrique, un nid-à-barjots. C’est la ville de sa femme.
Toute le prologue qui nous le montre s’affliger des mœurs californiennes, déambuler dans une tour de luxe, hi-tech, emplie d’employés raffinés aux antipodes de son train de vie, mépriser jusqu’aux cocktails qu’on lui sert ( forcément un peu fourbes ) et se lier d’amitié avec un chauffeur de taxi, un type certes un peu givré ( il est californien ) mais proche de lui parce qu’exerçant un « petit métier », construit un personnage dans lequel le spectateur va se retrouver. Il a un dédain envers la technologie, (superficielle) et les cadres supérieurs (futiles) qui le rend sympathique.

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Il y a bien sûr quelque chose de machiste dans ce script. Holly sera présentée comme une femme un peu froide, carriériste, mais pour contrebalancer, lui, a un coté loser, qui crée un équilibre.
C’est aussi une représentation des rapports homme / femme qui s’accorde à l’ère Reagan : d’un côté, il y a l’émancipation professionnelle des femmes, de l’autre, il y a tout le conservatisme propre à cette époque.

Bien sûr, Mc Clane en arrivant, va se disputer avec sa femme. Pour quel motif ? Parce qu’il découvre qu’elle ne porte pas son nom : elle se fait appeler Holly Genero et non Holly McClane. A nouveau, il encaisse ; ou plutôt non : il lui fait une scène. Plus que jamais le voilà au plus bas de son estime personnel ; il reste et s’excuse ? Repart à New York à sa petite vie ? En parallèle de ces complications conjugales, des terroristes s’emparent de la Tour et séquestrent ses occupants. Pour McClane ce sera l’aboutissement d’une journée épouvantable.

Et c’est sur la thématique du sort qui s’acharne sur soi jusqu’à l’extrême, du bad day , sentiment éprouvé par tout le monde, que se construit l’intrigue et que va se définir le rapport entre le personnage principal et ses ennemis. C’est ce qui fait qu’on rit en entendant Bruce Willis parodier sa femme, claustré dans un tunnel d’aération, qui l’invite à la retrouver pour Noël au prétexte de bien s’amuser. Derrière chaque épreuves, cascades, traquenards et autres, c’est pour Mc Clane le sentiment d’une coalition générale contre sa personne. C’est ce qui rend ces scènes attrayantes. Parallèlement, lui-même réagit vis-à-vis de ses adversaires comme s’ils étaient l’incarnation de ses galères. Car il n’est pas, contrairement à ce que veut le genre, confronté à des ennemis au suite de son enquête, mais il se trouve, malgré lui, au centre d’une prise d’otages qui ( autant qu’on peut le dire ) ne le concerne pas. Dans un effet de cohérence, les méchants sont des européens, des hommes sophistiqués comme l’est la Tour, comme le sont les amis de sa femme ; quelque part, il est snobé de tout le monde y compris des truands.

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On voit se dessiner ce qui fera le canevas scénaristique des épisodes suivants : il faut que l’action se passe en une journée, que Mc Clane soit impliqué malgré lui. Il est au mauvais endroit au mauvais moment au terme d’une mauvaise journée. Inutile de rappeler combien Bruce Willis aura su s’inspirer de ce caractère pour fabriquer son image : cynique, désabusé, cool et râleur. Il ne se bat pour la justice et le bien commun mais par ras-le-bol, parce qu’on l’a poussé à bout. La plupart des héros qu’il jouera par la suite seront construits sur ce même patron.

Bien sûr, le film regorge aussi de bonnes idées en ce qui concerne l’intrigue, et oui, la mise en scène de Mc Tiernan est très astucieuse. Mais tout recoupe la thématique centrale du type poussé à bout. La minutie du plan de Gruber, sa précision, s’oppose au désordre, au flou de la vie de Mc Clane. La musique de Beethoven, devenue elle aussi un incontournable de la série, renvoie au génie allemand ; à la créativité autant qu’à la perfection de l’exécution. C’est une antithèse de ce qu’est Mc Clane.

Le 2nd film, 58 Minutes Pour Vivre , mis en scène par Renny Harlin, est un peu moins intéressant, parce qu’il perd un peu le côté loser catapulté dans des catastrophes à ses dépens auquel le succès de Piège de Cristal devait beaucoup. Mc Clane est en 2 ans – le film sort en 90 – devenu un super héros. Son exploit du 1er épisode est connu de la presse – une journaliste passe le film à chercher à lui parler.

Cependant le film respecte les règles pré-évoquées : si Mc Clane est confronté à une histoire de détournement d’avion c’est qu’incidemment sa femme se trouve à bord. Par ailleurs, tous ses efforts sont entravés par des représentants de l’ordre – un en particulier, en fait, un officier de police responsable de la sécurité de l’aéroport – qui sont autant de petits parasites qui lui compliquent la tâche. Les auteurs ont, en outre, gardé l’idée de faire se dérouler l’action à Noël, jour par excellence de réconciliation et, pour Mc Clane, saint-patron des poissards, de malheur.

Le 3e film, Une Journée En Enfer , rappelle Mc Tiernan à la mise en scène, qui confortera sa position de grand manitou de Die Hard . Mc Clane n’est plus un brillant inspecteur de police couru des journalistes, mais une épave, à nouveau en situation de rupture avec sa femme. Un terroriste, sans qu’il sache pourquoi, le ballote à travers New York dans des situations aussi ingérables que possible : la plus célèbre étant celle où le on voit, transformé en homme-sandwich, arborant une pancarte «  I hate niggers  » en plein Harlem. Le concept de la journée noire est repoussé à ses limites, au seuil de l’absurde : il s’agit juste d’avoir trouvé un prétexte scénaristique qui va permettre de placer Mc Clane, l’homme pour qui tout va toujours mal, dans les pires situations possibles. Il passe le film à chercher des cachets d’aspirine, se plaint qu’en lui faisant reprendre du service on lui ait gâché sa gueule de bois, râle, ne comprend pas ce qui lui arrive, peste contre son sort, et se montre forcément, en retour, plus vindicatif que jamais.

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Dans le dernier film, il part à Moscou en deux-deux parce qu’il apprend que son fils est impliqué dans une affaire criminelle. En quoi ce réflexe de père protecteur est-il comparable à celui du mari humilié ou, de manière générale, au concept du type qui se retrouve bien malgré lui là où il ne voudrait pas être ? Le scénariste a beau essayé de reproduire le schéma de Piège de Cristal , on voit tout du long Bruce Willis chercher à s’impliquer dans une affaire qui ne le concerne pas, s’imposer à son fils, un agent secret en mission, avec une incongruité impensable ; c’est un changement complet de dynamique. Ses répliques ne sont plus amusantes parce qu’il court lui-même après les ennuis. Il était cool, le voilà lourd. De fait, pour revenir à ce que nous disions en début de cet article, le problème ne vient pas de la qualité des scènes d’action – chacun en pensera ce qu’il veut, les trouvera impressionnantes ou brouillonnes – mais de ce qu’elles ne sont pas incorporées au sein d’un récit qui s’accorde avec l’esprit du personnage. Vite, elles lassent. Qu’il se réconcilie avec son fils ( idée reprise au Dernier Samaritain , autre classique de Willis ) n’intéresse pas dans la mesure où celui-ci est parfaitement émancipé. Ce qui manque dans Die Hard 5 , finalement, c’est Mc Clane. C’est bien là l’ennui.

Et ce qui reste de cette saga, comme dans toute série du même genre, ça n’est donc pas ses scènes d’action mais son personnage principal. C’est pourquoi les 2 derniers épisodes sont, certes, les plus spectaculaires mais aussi les moins réussis.

Die Hard : Réalisation : John Mc Tiernan

Die Hard 2 : Réalisation : Renny Harlin

Die Hard With A Vengeance : Réalisation : John Mc Tiernan

Live Free Or Die Hard : Réalisation : Len Wiseman

A Good Day to Die Hard : Réalisation : John Moore

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