Trois ouvrages sur le storyboard aux éditions Eyrolles…

Les éditions Eyrolles ont publié trois ouvrages sur le storyboard qui se révèlent complémentaires. Dans la collection Masterclass, on part à la découverte des expériences de storyboarders confirmés qui, tels Fabien Lacaf,  opèrent sur des productions françaises (Le Hussard sur le toit, La Guerre des Boutons…) ou internationales avec notamment le témoignage de Sylvain Despretz (Gladiator, Eyes Wide Shut)… Le livre présente aussi le point de vue des réalisateurs (Xavier Gens, Jean-Jacques Beneix, Jean-Pierre Jeunet…) sur le travail des storyboarders. Enfin, une troisième partie donne la parole aux différents collaborateurs, les assistants-réalisateurs, directeurs photo ou chefs décorateurs qui sont, eux-aussi, amenés à utiliser ce support visuel.

Masterclass storyboard, 25 interviews exclusives de storyboardeurs et de réalisateurs

Masterclass storyboard est un ouvrage destiné aux apprentis storyboardeurs et aux étudiants en école de cinéma mais il ravira également les cinéphiles curieux. Regorgeant d’ illustrations , de séquences storyboardées et de reproductions de documents de travail, le livre est néanmoins conçu de manière très aérée et claire, ce qui rend sa lecture très agréable. A chaque interview correspond un chapitre qui se conclue par une petite fiche pratique qui résume, en quelques points, le point de vue de la personne interviewée sur l’utilité et les limites du storyboard.

En donnant la parole aux nombreuses personnes contribuant à la réalisation du film, le livre répond aux diverses questions qu’on peut se poser sur l’originalité du storyboard comme outil cinématographique. Un « bon » storyboard est-il celui qui reflète le mieux la pensée du réalisateur ou celui qui inspire l’équipage de tournage ? Les dessins du storyboard doivent-ils être techniques et détailler au plus près les décors et les focales ? Peut-on travailler avec des storyboarders qui sont également des bédéistes ou des illustrateurs confirmés ? Quelle vie pour le storyboard une fois le film terminé ? Pourquoi de nombreux storyboarders viennent de la publicité ? Le storyboarder est-il condamné à rester dans l’ombre du réalisateur ?

L’ensemble des entretiens est passionnant. On apprend ainsi que Sylvain Drespretz , storyboarder fétiche de réalisateurs américains (Darren Aronofsky, Tim Burton…), n’est pas un grand défenseur du storyboard qu’il trouve « frustrant » car « incomplet en tant que dessin, toujours fait hâtivement » et n’offrant « qu’une vision superficielle d’un film. » (page 29) Despretz évoque, avec une grande franchise, son malaise face au storyboard qu’il a toujours considéré comme un exercice « subordonné à la vision d’un autre. » L’interview de Sylvain Despretz offre un regard très critique, voire même désenchanté, d’un artiste qui compare le storyboard à un « piège pour l’artiste », tant ce dispositif contribue à déposséder le dessinateur de son art. Despretz affirme ainsi: « Je n’ai jamais été dupe: je sais que les gens qui disent aimer mon travail réagissent de façon quasi automatique à ma notoriété par procuration. Si on leur montre un dessin sans indiquer le nom d’un film, ils s’en fichent; si vous rajoutez ‘c’était pour Polansky’, alors ils veulent l’imprimer tout de suite. »

Planche du storyboard de Gladiator par Sylvain Despretz

L’expérience, en demi-teinte, de Despretz est peut-être l’expression d’un fossé culturel entre les États-Unis où le storyboarder, appelé « wrists » (les poignets), devient la main du réalisateur et la France où de nombreux storyboarders viennent de la bande-dessinée et sont appréciés des réalisateurs pour leur sens du détail mais aussi pour leur univers propre.

Fabien Lacaf est l’un d’entre eux. Parfois, « une belle image ressort du lot » mais il rappelle que l’objectif du storyboarder n’est pas de réaliser une œuvre artistique originale mais d’exécuter un « travail de technicien du cinéma » car « le passage à l’image animée reste la priorité. » On constate donc qu’il y a différentes approches du storyboard… Lacaf décrit l’existence d’un entre-deux, véritable Graal du storyboarder, auquel il faudrait tendre pour que personne sur le tournage ne se sente dépossédé: « J’avais écrit un texte pour la revue Storyboard où je décrivais mon métier tel l’art du ‘flou artistique.’ Un storyboard doit effectivement être assez précis pour que l’équipe technique puisse y trouver toute l’information nécessaire mais doit rester assez flou et ouvert afin que le réalisateur puisse continuer à rêver son film… » (page 49)

Pour le réalisateur Jérôme Cornuau , le storyboard est un outil très efficace pour anticiper les problèmes , notamment pour les séquences d’action et les scènes qui nécessitent des effets spéciaux mécaniques ou numériques . Jérôme Cornuau met aussi en garde contre la tentation d’utiliser le storyboard dans la direction d’acteur, ce qui induirait une sorte de « distance stylistique » éloignant le spectateur de l’émotion. (page 86) Pour Jérôme Cornuau, le storyboard n’est en aucun cas une Bible qu’il faut suivre à la lettre et il n’est pas rare qu’il demande la modification de dessins pour s’adapter à la réalité du décor (modification de focales, de positions de caméra, réduction du nombre de plans…)

Le storyboard, dispositif à double-tranchant , est donc, par son utilisation, appelé à évoluer pendant le temps du tournage… Mais, le storyboard ne disparaît pas quand le film sort en salles. Outil incontournable, le storyboard accompagne le film durant ses différentes étapes: pré-production, production et distribution. On le retrouve parfois dans les bonus des éditions DVD , certains dessins sont montrés au public, aux attaché(e)s de presse… Par conséquent, le storyboard est souvent un bel objet en soi…mais Jean-Pierre Jeunet rappelle qu’un beau storyboard ne garantit pas forcément une storyboard efficace… Les storyboarders doivent connaître le langage cinématographique et avoir le sens de la caméra, du cadrage et des focales… (page 98)

Masterclass storyboard, 25 interviews exclusives de storyboardeurs et de réalisateurs.
Auteur(s) : Aurélie Coffineau, Virginie Coffineau, Olivier Saint-Vincent, Raphaël Saint-Vincent. Editeur : Eyrolles. 189 pages, 22euros90, novembre 2012, avec une préface de Patrice Leconte.

Réaliser un storyboard pour le cinéma.

Le storyboard, un art qui n’est pas à la portée de tout le monde ? Certes, mais les éditions Eyrolles proposent aussi un manuel très pratique pour apprendre toutes les ficelles du storyboarding. Écrit par deux auteurs du précédent ouvrage, Réaliser un storyboard pour le cinéma , propose plusieurs cas pratiques et consacre de nombreux chapitres aux techniques de dessin adaptées au langage cinématographique . On y apprend ainsi à dessiner des contre-plongées, à suggérer des travellings avant ou arrière, des zooms etc… Les différents plans y sont également détaillés. A noter, chaque terme est précisé en français mais aussi en anglais . On explique aussi l’utilité du découpage technique , des diagrammes … Enfin, on revient sur la dimension humaine du métier avec notamment les contraintes mais aussi les joies auxquelles tout storyboarder doit s’attendre…

Réaliser un storyboard pour le cinéma. Auteurs: Louis de Rancourt,
Olivier Saint-Vincent, Raphaël Saint-Vincent, David Russell (Préfacier)
Eyrolles, Broché, août 2012, 221 pages, 24euros90.

Réaliser ses films plan par plan, Concevoir et visualiser sa mise en images.

Publié en 2005, cet ouvrage de Steven D. Katz est réédité par Eyrolles en 2013. C’est tout simplement l’un des ouvrages fondamentaux à recommander à toute personne souhaitant se lancer dans la réalisation. Le livre est divisé en 4 parties, extrêmement complètes: le processus de visualisation, les éléments de découpage classique, l’atelier (la mise en scène des séquences dialoguées, la mise en scène en mouvement et dans la profondeur de champ, les angles de prise de vue, les cadrages…) et les mouvements de la caméra. Le chapitre trois de la première partie -le processus de visualisation- est consacré au storyboard, il aborde notamment les références et les recherches préalables et le matériel utilisé, des aspects somme toute assez peu évoqués dans les deux ouvrages précédents.

La plupart des notions sont illustrées par des schémas qui s’accompagnent aussi de photographies de tournage. Au total, ce sont 750 schémas, photographies et extraits de story-boards originaux de films d’anthologie, comme Citizen Kane , Les Oiseaux ou Empire du Soleil … Le manuel a été conçu en s’appuyant sur l’étude de storyboards et de photoboards pour comparer les techniques cinématographiques et montrer comment traduire en images ce que le scénario décrit par le texte.

Réaliser ses films plan par plan, Concevoir et visualiser sa mise en images, Steven D. Katz, Eyrolles, Broché – 332 p., 30 euros.

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**