Zero Dark Thirty

Le film s’ouvre au noir sur des appels téléphoniques ( authentiques ) qui ont précédés de peu ou ont été consécutifs au crash des 2 avions sur les tours du World Trade Center. Les images, on les connaît par cœur. Kathryn Bigelow tente de rappeler le drame humain.

Elle retrace sans chercher à tricher la vérité les 10 années de traque de Ben Laden par la CIA. C’est très bien documenté autant qu’on peut en juger ; suffisamment en tout cas pour qu’une commission sénatoriale ait demandé une enquête sur les sources de renseignements du film.

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Le film, on le savait, serait polémique. L’acteur américain, David Clennon, membre de l’Académie des Oscars, a annoncé qu’il ne votera pour le film dans aucune catégorie, considérant qu’il prend la défense des techniques de torture employées par la CIA. Le film qui, nous le disions, ne cherche pas à tricher la vérité – bien qu’il soit impossible de savoir le vrai du faux – a justement l’honnêteté de ne pas esquiver cette peu glorieuse page de l’histoire de la CIA.

Les images que Kathryn Bigelow montre sont terribles et n’édulcorent en rien les faits : waterboarding, humiliations ; elles ne mettent certainement pas à l’honneur le gouvernement américain. Mais ce que reproche Clennon et bien d’autres avec lui, c’est que l’usage de la torture ne soit pas condamné ; pire, qu’on montre qu’elle a donné des résultats. De là, on conclue qu’elle est cautionnée . Tiens.

La représentation est la condamnation. Défendre la CIA aurait été taire cette réalité. Les Etats-Unis sont signataires de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, de la Convention de Genève, qui les engage à ne jamais avoir recourir à la torture. On s’étonne que Clennon ait estimé nécessaire d’en placer une condamnation supplémentaire dans la bouche de l’héroïne du film.

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On me rétorquera peut-être que les agents responsables de ces interrogatoires n’en éprouvent aucune culpabilité et vont jusqu’à se plaindre que le Congrès les leur interdise. Il y a dans l’esprit de l’héroïne, on suppose, un équilibre entre l’extrême violence des attentats – qui ponctuent et servent de repères temporels pendant tout le film – et les traitements infligés en retour. C’est ce qui paraît inacceptable.

Mais c’est très exactement la force de ce film de dépeindre un personnage qui pense de la sorte. D’abord parce qu’il correspond certainement à la réalité, et que le souci de vérité doit primer sur toute autre considération, ensuite parce que ça n’est pas le rôle d’un film tel que celui-ci de faire de jolis tableaux où de cruels agents de la CIA, adeptes de la torture, échoueraient dans leur tentative de soustraire des informations pour faire avancer l’enquête et où de gentils agents de la CIA y parviendraient en employant l’intelligence et la raison. Structure morale, agréable peut-être, mais fallacieuse.

Derrière ces reproches qui rappellent d’anciens débats, il y a une question fondamentale sur ce qu’on attend d’un film. Etre pamphlétaire, affirmer ses positions politiques, ou savoir nager en eaux-troubles, il s’agit un peu de ça. Ce Zero Dark Thirty , sinueux et intense, renvoie très loin derrière lui le Mensonges d’Etat de Ridley Scott qui fictionnalisait aussi la traque de Ben Laden.

Titre : Zero Dark Thirty

Réalisation : Kathryn Bigelow

Interprétation : Jessica Chastain, Jason Clarke

Date de sortie : 23/01/2013

Distribution : Universal Pictures

Crédit Photos : Universal Pictures

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