Mariage à Mendoza

Superbe tête d’affiche (Nicolas Duvauchelle, Benjamin Biolay) pour ce Mariage à Mendoza tant attendu. Road-movie au cœur de la pampa, le film d’Edouard Deluc, est aussi un buddy-movie, un film de frères, de cousins et d’amis qui se serrent les coudes face à l’adversité. Une comédie réjouissante, aux dialogues qui font mouche à tous les coups, avec en prime une révélation : Philippe Rebbot, très émouvant dans un rôle de Pierrot lunaire ultra-sensible.

Deux frères, Marcus ( Philippe Rebbot ), chanteur baba-cool, et Antoine ( Nicolas Duvauchelle ), cadre stressé, ont fait le déplacement jusqu’en Argentine pour célébrer le mariage d’un cousin (Benjamin Biolay) qu’ils n’ont pas revu depuis des années. Dès les premières images, avec le passage des douanes à l’aéroport, le ton est donné : le réalisateur exploite les ficelles classiques de la comédie, jouant sur l’opposition entre deux tempéraments. Marcus est le type cool, enjoué, enthousiaste, toujours prêt à partir à l’aventure et Antoine, l’homme sombre, sérieux, résigné, renfrogné. Le contraste évoque parfois Pierre Richard et Gérard Depardieu , la comparaison s’arrêtant heureusement là.

Prenant soin de ne pas réduire ses personnages à des caricatures, Edouard Deluc donne quelques pistes biographiques au spectateur : la femme d’Antoine ne l’aime plus, le trompe peut-être, elle a annulé son déplacement à Mendoza au dernier moment. Quant à Marcus, pourquoi trimballe-t-il autant de médicaments dans ses bagages ? Mais qu’importe, les deux frères sont bientôt entraînés dans un tourbillon d’aventures et de rencontres extravagantes. Mariage à Mendoza est construit à partir d’un récit picaresque. Les deux frères sont tout autant paumés l’un que l’autre et leur épopée argentine, qui va prendre des allures de cauchemar très rapidement, sera surtout prétexte à un voyage intérieur.

Le mérite d’Edouard Deluc est de ne pas plomber son film (dont il avait déjà signé une ébauche avec son court métrage Donde esta Kim Basinger ? en 2009) avec une réflexion existentielle trop appuyée. Certes, il est question de deuils : du couple, de l’amour toujours, de la famille rêvée… Les ombres de nombreux morts surgissent au détour des routes empruntées : la mère d’Antoine et Marcus mais aussi le frère de Gonzalo ( Gustavo Kamenetzky ), leur hôtelier à Buenos Aires… Pour autant, le message est simple : la vie continue et il faut en profiter au maximum, et se trouver de nouveaux compagnons d’armes, des « Brothers ! » comme le crie régulièrement Gonzalo. Les situations cocasses s’enchaînent à un rythme halluciné mais cette frénésie d’action n’empêche pas la poésie d’affleurer.

On est dans l’humour absurde, comme dans la scène du bordel où Marcus et Antoine se trouvent prisonniers de prostituées prêtes à tout (danser, chanter au karaoké…) sauf à coucher! Les dialogues sont courts et percutants, truffés d’ironie ou de références non politiquement correctes. Les seconds rôles sont réjouissants : Gonzalo, leur aubergiste, abandonne son hôtel pour reconquérir, sans succès, son ex-femme et retrouver un peu de la chaleur fraternelle qui lui fait défaut depuis la mort de son frangin. Marcus, Antoine, Gonzalo sont bientôt rejoints par une quatrième fugitive : Gabriela ( Paloma Contreras ), qui refuse de rester travailler pour son père, exploitant d’un immense domaine viticole.

L’alcool coule à flot, les soirées s’enchaînent et bon gré mal gré, le quatuor arrive jusqu’au lieu de la cérémonie après avoir traversé des paysages à couper le souffle. Entre temps, on aura aussi assisté à un retournement de situation qu’on avait anticipé depuis plusieurs séquences : Marcus, le chanteur débonnaire au grand cœur, est peut-être le plus à plaindre des quatre, et Antoine se voit obligé, à son tour, de jouer les aides-soignantes. Cependant, même au cœur du drame, le réalisateur sait détendre l’atmosphère avec des répliques imparables : lorsque Marcus semble prêt à sombrer pour de bon, Antoine lui assène : « Arrêtes de parler comme ça, on dirait du Florent Pagny ! » La morale du film rappelle alors une mélodie des années 1980, chantée par Alain Chamfort : « Souris puisque c’est grave, seules les plaisanteries doivent se faire dans le plus grand sérieux… »

Mariage à Mendoza, c’est l’excellente comédie qu’on attendait depuis longtemps. Edouard Deluc renoue avec la farce humaniste qui rappelle certains films des années 1970 tout en ancrant ses personnages et son récit dans une ambiance résolument contemporaine. La conclusion du récit est offerte à Benjamain Biolay , toujours parfait en tombeur désenchanté. Dans Mariage à Mendoza, la chair est triste mais qu’est-ce qu’on rit !

A noter: on profitera de la sortie de Mariage à Mendoza pour découvrir la bande-son signée Herman Düne .

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