Mundane History

Pour peu que le spectateur accepte de se laisser embarquer dans cette aventure sensorielle qu’est Mundane History, il sortira de la salle de cinéma étrangement ému, des étoiles plein la tête… Assurément l’un des plus beaux films que nous réserve cette année 2013. Récompensé par le Tiger Award du Festival International de Rotterdam de 2010.

Dans Mundane History, il est question d’un jeune homme paralysé et de son infirmier. D’un père enfermé sur lui-même, d’une immense bâtisse plein de domestiques loyaux et réservés, de super novas, de brins d’herbe noyés sous l’averse, le tout enveloppé d’une bande son nostalgique et hypnotisante (« Hush, the Dead are Dreaming » de Furniture ) ou carrément psychédélique (du groupe thaïlandais The Photo Sticker Machine )…

Le récit, volontairement elliptique, destructuré et non linéaire, est celui d’un apprivoisement. Au contact de Pun ( Arkaney ), son infirmier, qu’il malmène pourtant au début, Ake ( Phakpoom Surapongsanurak ), paralysé à la suite d’un accident, découvre une nouvelle façon d’appréhender le monde et son futur. Il se passe très peu de choses dans Mundane History et pourtant le film a l’ambition, clairement affichée dans le choix de certaines séquences symboliques – la formation d’une super nova, la naissance d’un bébé- de dire des choses essentielles sur le sens de l’existence.

La jeune réalisatrice thaïlandaise Anocha Suwichakornpong s’en sort haut la main et évite les écueils du film à thèse qui prétendrait imposer sa vision du monde de manière définitive avec un traitement maniériste hyper subjectif. Certes, le monde décrit par la réalisatrice n’appartient qu’à elle. Du choix de la BO aux parti-pris du montage (le générique de début de film arrive 20 minutes après le début du film par exemple), tout témoigne du désir de modeler, de s’approprier un univers assez restreint et froid (l’environnement immédiat d’un malade)…

Pourtant, si Mundane History semble extrêmement construit, il ménage de nombreuses envolées, d’espaces laissés au rêve… A aucun moment, on a l’impression d’être captif de la caméra… Les chemins ouverts par la réalisatrice sont multiples et sollicitent constamment les sens du spectateur… Le symbolisme de certaines séquences semble trop évident et appuyé (l’impuissance du héros est métaphorisée alors qu’il se masturbe, sans succès, dans son bain) mais l’impression générale laissée par le film est celle d’une grande délicatesse et pudeur à l’égard du sujet et des personnages traités…

Le talent de la réalisatrice est de parvenir à concilier l’intime et l’universel. En introduisant de la circularité et des répétitions dans le quotidien d’Ake, le récit donne à voir ces milliers de petits moments où le héros franchit les frontières imposées par sa maladie pour se projeter dans un ailleurs -métaphysique ?- qui le réconcilie avec la vie… L’entrelacement des temporalités, le sous-thème bouddhiste, rappellent Oncle Boonmee , palme d’or obtenue en 2010 par Apichatpong Weerasethakul , autre réalisateur thaïlandais, mais Mundane History n’a rien à lui envier et possède sa propre capacité d’envoutement…

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