Le Noir (te) Vous Va si Bien

Moncef tient une petite épicerie de quartier à Paris. C’est, on suppose, un émigré de 1ère génération ; il est encore très attaché à la culture de son pays – on ne saura jamais lequel – et a eu du mal à s’adapter à celle de la France. Il a besoin de ses repères, de ses amis de  là-bas . « je n’aurais jamais dû quitter le pays » confesse-t-il.

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Le Noir (te) vous va si bien n’est pas un film sur le déracinement culturel, il aurait été en ce cas centré sur le personnage de Moncef, lequel pour ainsi dire a fait sien son destin ; il aura aussi longtemps qu’il vivra un pied qui restera au pays  ; mais plutôt sur le désir d’émancipation. On est un peu ennuyé du coup de la maladresse avec laquelle le réalisateur dépeint les mœurs d’aujourd’hui ainsi que devant tous les archaïsmes du film. Comment peut-on saisir le conflit d’une fille qui veut vivre avec son monde et en même temps faire plaisir à son père, si le monde en question ne correspond en rien à celui qui est le nôtre ?

Cobra a 2 prétendants. L’un d’eux est son patron, un gugus à mèche, plutôt antipathique, qui l’embrasse à la volée puis la propose en mariage aussi sec. Qui ce personnage est-il censé incarner ? Quelqu’un de barré qui vit dans on-ne-sait quelle galaxie ou un type  – comme par exemple celui du jeune cadre ? Difficile de retrouver en fait quelqu’un de normal dans toute la galerie de portraits du film. Tous, à leur façon, exceptée quand même le personnage principal, sonnent plus ou moins faux. On pourrait encore citer cette scène où la meilleure amie de Cobra, invitée – on ne sait trop pourquoi – chez notre fameux jeune cadre E.T, se baigne nue dans la piscine devant le regard lubrique dudit et de son père. Cobra, elle, hésite ; elle trempe le bout de ses orteils. Faut-il voir là encore des attitudes typiques , celle de la femme libérée et celle de la femme prisonnière  ? On espère que non mais on se demande…

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Concernant enfin la question du voile, centrale dans le film, on est confronté à un discours très ambigu. Si Cobra se découvre la tête et se risque à un peu d’alcool, et si elle souhaite s’émanciper et vivre comme les filles qui l’entourent, elle n’en est pas moins une fille prudente – voire prude – et décente. Le démon de la culture occidentale – jupes courtes et amants d’un soir – ne la saisit pas. Son père s’inquiète pour elle mais ne devrait pas ; le spectateur, lui, est entièrement avec elle. Le frère de Cobra, pour sa part, s’est trouvé une femme comme il faut . Elle est du pays, elle est dans les traditions. Sauf qu’un passage nous la montre en porte-jarretelles et voilée. Contraste saisissant. Voilà donc Cobra, l’émancipée, qui s’est trouvée un homme bien, quoique parfaitement français, mais qui la respecte et accepte qu’il n’aura de relation avec elle que s’il la demande en mariage, voilà Rachid, son frère, qui s’est trouvée une fille tradi , mais qui apparaît finalement comme totalement dévoyée. L’habit ne fait pas le moine, semble nous dire Jacques Bral.

Le film se termine dans la violence. On ne dira pas tragiquement parce que la tragédie suppose la fatalité, l’inexorable, alors que là nous n’avons juste que l’illustration de la brutalité de comportements psychotiques qui n’engagent que la volonté et la détermination de leurs auteurs.

Un film sur un sujet très traité actuellement mais qui, bien que radicalement différent dans son approche, manque vraiment d’adresse.

Titre : Le Noir (te) Vous Va Si Bien

Réalisation : Jacques Bral

Interprétation : Sofia Manousha, Lounès Tazairt

Date de sortie : 05/12/2012

Distribution : Thunder Films International

Crédit Photos : Thunder Films International

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