Tess

Hasard et Destin. John Durbeyfield, un paysan pauvre et ivrogne, apprend qu’il est un descendant direct de Guillaume le Conquérant. Lignée oubliée. D’Urberville a dégénéré en Durbeyfield. Le voilà Lord, il pavane. En rentrant chez lui, titubant et seigneurial, il demande à une de ses filles, Tess, de rendre visite à leur noble cousin. Le pauvre Durbeyfield est si médiocre que même dans son entreprise de reconquête de son patronyme, il se montre mesquin ; il n’attend guère plus de sa fille qu’elle ne mendie que quelques livres à boire. Celle-ci va donc se présenter à son « cousin », Alec D’urberville, lui annoncer qu’elle est parente. Peu sensible à son histoire mais, malgré tout, impressionné par sa beauté, Alec D’ lui offre une place de domestique dans la maison.

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Tess est adapté du roman de Thomas Hardy, Tess Of the D’urbervilles , publié en 1891. Il est généralement considéré comme le 1er film de facture « classique » de Roman Polanski. Le précédent film du réalisateur Le Locataire , était un thriller paranoïaque, moderne, nouveau. Ici, nous sommes dans la reconstitution d’époque, dans le « film en costumes », et dans une mise scène très naturaliste.

C’est une de ces tragédies de classes typique de la littérature du XIXe. Tess est trop paysanne pour être noble, et trop noble pour être paysanne, le « rejeton tardif d’une aristocratie vermoulue » lui dira cruellement son mari. Elle est rejetée de l’opprobre à la misère, prise dans la spirale du malheur. Le sort s’acharne sur elle, enclenché par une simple rencontre hasardeuse de son père. La tragédie de la vie de Tess ne doit rien à des erreurs de parcours mais à une fatalité sur laquelle elle n’a aucune prise. Il ne fallait tout simplement pas qu’elle s’appelle Tess d’urbervilles.

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Le film a été tourné entre la Bretagne, la Normandie et Paris. Pour diverses raisons, l’ambition du réalisateur qui souhaitait couvrir plusieurs saisons pour les scènes d’extérieurs, des problèmes de mauvais temps inévitables ( intempéries, neige en novembre ) ainsi que plusieurs grèves ( les intérieurs furent tournés aux Studios de Boulogne, propriété de la SFP, qui était alors une entreprise publique ) le tournage s’étalera sur 9 mois. Son budget, de fait, dépasse des records pour un tournage en France ( 50 000 000 de francs ) et Claude Berri, le producteur, s’endette considérablement. Il s’angoisse aussi face à un film dont le potentiel commercial lui paraît très douteux. Il demande à Polanski de couper 45 minutes, qui s’y refuse, embauche alors un monteur pour le faire. Francis F. Coppola intervient, par le biais de Zoetrope, se proposant de distribuer le film aux Etats-Unis à la condition de revoir le montage. Polanski accepte, même si, au fond de lui, il est extrêmement réticent à ce qu’on retouche son travail. Afin de faire comprendre d’emblée aux spectateurs qu’il s’agit d’un grand classique de la littérature adaptée, le réalisateur américain propose d’ouvrir le film sur un livre dont les pages se tourneraient. Le lyrisme de Coppola bute face au naturalisme de Polanski. Quelques années plus tard, en adaptant Dracula , Coppola aura l’occasion d’épancher tout son romantisme baroque. En attendant, lui et Polanski ne collaboreront pas ensemble. Il existera finalement 2 montages différents du film, un court et un long, qui seront projetés. Le public donnera au long sa légitimité.

Le film ressort actuellement en salles en version restaurée.

Titre : Tess

Réalisation : Roman Polanski

Interprétation : Nastassja Kinski, Leigh Lawson, Peter Firth

Année de sortie originale : 1979

Date de ressortie : 05/12/2012

Distribution : Pathé Films

Crédit Photos : Pathé Films

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