California Dream

California Dream, documentaire en 3D, est une déclaration d’amour au rêve américain signée Cameron Hughes, jeune réalisateur plein de candeur. Une série de rencontres avec des habitants de la Californie mais aussi du Nevada et de l’Arizona (le film aurait dû s’appeler West Dream) ponctue un exposé didactique et très pédagogique sur les mythes qui ont contribué à forger une certaine identité américaine…

Documentaire agréable à regarder, California Dream déçoit néanmoins. Bien que le réalisateur n’élude pas l’envers du rêve américain et propose des interviews de citoyens américains victimes d’un système économique et social ayant depuis longtemps montré ses limites, California Dream n’en demeure pas moins un manifeste béat pour le pays -ou plutôt- la région de tous les possibles…à condition de travailler dur et d’en vouloir…

Si Cameron Hughes a pris soin de reconstituer l’identité politique et sociale de la Californie dans toutes sa complexité – l’héritage espagnol et mexicain, le rôle joué par les Chinois dans le développement économique de cet état, le militantisme gay par exemple- son propos pêche par excès d’optimisme et ne convaincra pas les spectateurs qui connaissent déjà la Californie: son histoire et sa réalité.

L’itinéraire emprunté par Cameron témoigne à lui seul du manque de profondeur d’un documentaire dont les qualités (revue synthétique des lieux et symboles emblématiques de l’état, exposé clair et simpliste) sont aussi les défauts. California Dream est un documentaire que je recommanderai sans ménagement à un professeur de secondaire (ou exerçant dans un lycée difficile) : ses élèves y trouveraient une excellente introduction au rêve américain et au mythe de la Frontière.

Néanmoins, les spectateurs moins néophytes, y décèleront de nombreuses approximations historiques et erreurs factuelles. Pour n’en citer que trois: les chapitres consacrés aux « peaux-rouges » (ils seront contents d’avoir été appelés ainsi et pas Native-Americans) se déroulent au Nevada et en Arizona. Seule l’image furtive d’une carte précise que le réalisateur a quitté la Californie. On pourrait croire qu’il y est toujours. Le Sky Walk, sorte de passerelle transparente qui surplombe le Grand Canyon, est évoqué de manière très positive (« c’est une opération juteuse pour les peaux-rouges ») alors que sa construction n’a cessé d’alimenter les polémiques dans la région: certains membres des Hualapai (la tribu responsable de son édification) estimant que cela constitue une atteinte à la nature et donc une violation de leurs valeurs les plus profondes. Le Sky Walk fait couler tellement d’encre que même les tours opérateurs locaux se refusent aujourd’hui à y envoyer leurs cars de touristes.

Cette séquence est suivie d’une rencontre avec la fille de Peter MacDonald qui nous est présenté comme « un grand chef » navajo: ce n’est pas un chef navajo, il fut président de la Nation Navajo qui fonctionne comme un état dans l’état et possède sa propre juridiction concernant l’éducation, la santé publique etc… La fille de McDonald expose brièvement son parcours d’activiste en mentionnant l’emprisonnement injuste dont fut victime son père. S’il est judicieux de rendre hommage aux luttes de nombreuses minorités de l’ouest américain, le réalisateur aurait peut-être dû s’entourer d’historiens pour vérifier ses informations, le président de la Nation navajo ayant été condamné pour fraude et détournements de fonds. De même, l’allocution de la jeune militante navajo, près du Skywalk, surprend: pas une seule remarque sur l’impact environnemental négatif de la construction alors que de nombreux Navajo dénoncent la pollution visuelle et écologique que représente la passerelle. Il y a peut-être eu des coupes au montage….

La troisième approximation relevée (sur une dizaine) concerne l’interview du ranger responsable de la préservation du site de Bodie, ville fantôme. Ce que dit ce témoin n’est pas faux en soi: Bodie est une ville-fantôme très bien préservée mais de là à dire que c’est la seule…

Si le réalisateur avait fait montre de plus de distanciation avec ses témoignages bruts, qui semblent insérés tels quels, une recontextualisation aurait été possible au montage, faisant ainsi gagner plus de profondeur et de pertinence au documentaire.

La candeur et le manque de maîtrise de Cameron Hughes est également palpable dans sa manière d’interviewer les personnes rencontrées sur sa route. Je ne crois pas que le spectateur sera surpris d’apprendre que Las Vegas comporte des parts d’ombre et qu’une jeune stripteaseuse doit faire attention à ses fréquentations. Il ne sera pas non plus étonné de constater qu’être le petit fils de John Wayne ne suffit pas pour percer dans le cinéma. Les entretiens, qui auraient pu être très intéressants si menés de manière moins superficielle, sont frustrants. Le demi-frère de l’unique fille de Jack Kerouac livre une belle interprétation à la guitare mais n’évoquera jamais l’héritage de son grand-père.

Enfin, en plus d’interviews cartes postales, très lisses et sans intérêt, on reprochera au réalisateur de vouloir en faire trop avec peu de moyens. L’évocation de la Californie se limitant à réduire les lieux et les êtres en une succession de symboles, pourquoi s’aventurer dans le Nevada et l’Arizona pour rendre le produit final encore plus superficiel?

Pendant l’étape Las Vegas, rien ne sera dit sur le Rat Pack, sur les essais nucléaires réalisés dans le Mojave désert qui contribuèrent à faire de la ville une destination touristique pour des visiteurs émerveillés par les champignons atomiques… De même l’évocation de la route 66 se fera à travers la visite d’un musée, l’unique selon le réalisateur, alors que des dizaines fleurissent entre Gallup et Flagstaff pour l’état d’Arizona seul!

California Dream 3D sera diffusé sur Arte…Nous ne doutons pas qu’il ait entièrement sa place sur cette chaîne… Ce n’est pas la première fois que France 5 ou Arte diffusent des documentaires grand public qui en voulant faire simple, contribuent à donner une image réductrice d’un lieu ou d’une période historique. Pourquoi une sortie en salles? et surtout pourquoi la 3D? Aucune séquence, à part peut-être celle de la simulation de vol, ne la justifie.

Enfin, le film s’accompagne d’un événement: la venue en France de The Ruse, groupe rock rencontré en Californie et filmés dans le documentaire. Nul doute que les riffs de guitare et le rythme punchy des compositions séduiront…Ils rappellent un peu les Arctic Monkeys…Mais, le film n’est-il pas juste prétexte à leur lancement médiatique? Nous laisserons aux spectateurs le choix d’en juger…

Si vous voulez découvrir la Californie, nous vous conseillons de vous y envoler et de profiter de la baisse du dollar, les plus peureux s’y rendront en voyage organisé. L’itinéraire emprunté par le réalisateur se confondant à s’y méprendre avec celui d’un tour-operator type Nouvelles Frontières, le spectateur qui aime les chemins de traverse n’apprendra pas grand chose avec ce documentaire.

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One Response to "California Dream"

  1. Laurent Verduci says:

    Vous avez écrit : « Pourquoi une sortie en salles ? et surtout pourquoi la 3D ? Aucune séquence, à part peut-être celle de la simulation de vol, ne la justifie. »

    Les plans de simulation de vol d’une navette spatiale représentent des effets relief où les objets sortent en permanence de l’écran.
    Il existe beaucoup d’autres plans en jaillissement dans la salle, tout au long du film, minutieusement dosés en intensité comme en fréquence d’apparition, afin de préserver le confort visuel des spectateurs sur toute la durée du film, soient 90 minutes.

    Vouloir réduire la 3D à ces seules effets spectaculaires revient à cantonner le relief aux seuls parcs d’attraction qui en mette plein la vue… mais sur une durée de projection très courte d’environ 10 minutes.

    Sur un long métrage il est impossible de proposer autant d’effets en sorties d’écran sans saturer très rapidement le système visuel des spectateurs qui ressortent de la salle au mieux avec la nausée.

    La 3d, gérée dans la profondeur de l’image, derrière l’écran de diffusion, permets de renforcer une immersion et une émotion que ne peut apporter seule la 2D traditionnelle.
    La vision de paysages en relief ou l’expression de tous les traits d’un visages lors d’interviews sont sublimés grâce à notre vision binoculaire.

    C’est toute une « éducation » du public qui se fera naturellement au cours du temps et la 3D ne sera plus considérée comme un phénomène de foire, avec seulement des effets « coup de poing » en permanence. Nous ne nous poserons plus la question 2D ou 3D, nous regarderons simplement dans la profondeur des images.

    Les personnes d’un certain âge qui ont connu le passage du noir et blanc à la couleur ne se posent plus la question quant à l’intérêt de cette dernière.
    Il en sera de même pour la 3D. Si le relief est suffisamment bien pensé en amont et bien réalisé au tournage, il amènera comme la couleur l’avait amenée auparavant, un élément supplémentaire proche de la vision naturelle.

    En ce qui concerne le relief de « California Dream 3D » c’est parce que ce celui-ci est savamment dosé pendant 1h 30 mn, que nous ne nous rendons pas compte de ce qu’elle nous apporte en permanence, en émotions immersives, dans la profondeur de l’image, et en émotions spectaculaires, pour les éléments jaillissant hors de l’écran.

    C’est peut-être aussi cela un relief de qualité, accompagner le traitement d’un film en apportant une émotion sensorielle supplémentaire.

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