Thérèse Desqueyroux

Claude Miller, 50 ans après Georges Franju, s’attelle à son tour à l’adaptation du roman de François Mauriac, Thérèse Desqueyroux. L’héroïne éponyme du roman, qui s’est mariée par intérêt avec Bernard, ne supporte plus le poids des conventions de la bourgeoisie et tente d’empoisonner son mari. S’en suit un procès qui mènera au non-lieu grâce à l’intervention de son mari, qui préfère mentir plutôt que de salir son nom. Le couple doit paraître uni aux yeux des autres afin de sauver les apparences. Mais à l’intérieur de la maison familiale, l’ambiance est tout autre.

Claude Miller prend quelques distances avec le roman ; il ne commence pas avec l’ordonnance de non-lieu, pour ensuite revenir sur le passé et les souvenirs de Thérèse, préférant ainsi une narration plus linéaire. L’ouverture du film nous plonge dans l’enfance de l’héroïne, au sein d’une nature bucolique et paisible. Deux enfants rient, jouent, courent sous un rayon de soleil doré. La paix de l’enfance, l’innocence, le calme de la nature ; Claude Miller commence son film avec une série de clichés contemplatifs. Il le terminera dans le vacarme et la foule parisienne. Entre deux, l’histoire d’une femme qui tente de tuer son mari par ennui, désespoir et haine des conventions bourgeoises.

Le premier plan nous renvoie l’image, dans un miroir, d’une jeune fille qui boit un verre de lait, paisiblement. Le dernier nous montre cette même femme, quelques années plus tard, assise à une terrasse parisienne, buvant tranquillement un café. Mais entre deux, le film nous conte le parcours d’une femme torturée, qui a tenté de tuer son mari sans parvenir à regretter son geste criminel. Le film est parsemé de miroirs, dans lesquels se reflète Thérèse ; dualité qui reflète ses questionnements, et son déchirement entre les conventions que doit suivre la petite bourgeoise provinciale et son désir ardent de liberté.

Comme le lecteur du roman de François Mauriac, le spectateur ne sait plus qui condamner ; moralement, Thérèse est responsable d’une tentative de meurtre. Mais l’on est plus attaché à ce personnage qu’à son mari, borné et terriblement conventionnel. Il nous surprend un moment, sauvant le procès de Thérèse en obtenant un non-lieu grâce à ses mensonges ; mais très vite, nous comprenons la raison de ce soudain revirement ; loin d’avoir menti à cause de quelque sentiment ou pitié, il n’a menti que pour sauver l’honneur de son nom, de sa famille. Malheureusement, le film est aussi conventionnel et fade que le personnage de Robert ; sans grande originalité, il illustre le roman de François Mauriac. Les images elles-même sont « parfaites », sans accrocs, sans rugosités qui permettraient pourtant de mieux refléter le personnage de Thérèse.
Le film met en scène un Gilles Lellouche dans un rôle inhabituel, qu’il parvient pourtant parfaitement bien à incarner. Saluons également le très juste jeu d’Audrey Tautou. Le jeu des acteurs relève donc quelque peu cette adaptation de Thérèse Desqueyroux, autrement assez fade et elle-même bien académique.

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