BORGEN

La série Danoise Borgen revient sur vos écrans pour une deuxième saison riche en intrigues politiques, incidents diplomatiques et tensions médiatiques.
La saison 1, diffusée sur Arte en février 2012 en prime-time a obtenu de très bon chiffres d’audience, avec une moyenne de 653 000 téléspectateurs, ce qui situe Borgen au dessus de la moyenne de la chaîne franco-allemande en 2012. Chaque épisode était disponible durant la semaine suivant sa diffusion sur Arte+7, ce qui a permis au succès de la série de se prolonger auprès des internautes, se propageant via les réseaux sociaux Twitter et Facebook.
Pour ceux qui auraient manqué la première saison, Borgen (Le Château en danois, métaphore utilisée pour désigner le Parlement) démarre avec l’arrivée inattendue au pouvoir de Birgitt Nyborg, leader du parti centriste. A la manière de la série américaine A la Maison Blanche, Borgen dévoile les arcanes politiques du pouvoir, les liens qu’entretiennent presse et politique, les crises et les compromis qui défient quotidiennement le gouvernement en place.

Bien que Borgen se passe au Danemark, c’est tout un modèle de gouvernance européen qui est dépeint, défié, questionné. La série montre la mise en scène du personnage politique, par touches légères mais régulières ; c’est un visage assuré et rassurant, qui devient anxieux et tourmenté dès que Birgitte tourne le dos aux caméras de télévision et se dirige alors vers nous, face caméra, le visage dénudé de son masque politique. C’est également un geste hésitant dans le jeu de Sidse Babett Knudsen (Birgitte Nyborg) qui retient notre attention, ou un mot moins assuré, tremblotant dans son discours. Borgen nous montre les deux faces des politiques, de Birgitte Nyborg arborant le masque dicté par les stratégies de communication face aux journalistes, citoyens et collègues, à des visages nus et plus humains dans l’intimité d’un bureau.

Mais la série ne tombe pas dans le manichéisme qui la guette ; nous ne sommes pas invités à nous apitoyer sur le sort de Birgitte, aussi chargé que soit son emploi du temps face à une vie privée qui se délite. Si la série montre la face privée et publique des hommes et femmes politiques, elle les lie avec habileté, de manière à ne jamais les opposer ni les séparer aussi distinctement. La série évite également le piège de l’utopie, nous montre un premier ministre face aux choix qui se posent, et les compromis (parfois peu satisfaisants) qu’elle est amenée à faire entre ses idées, voire ses idéaux, et la réalité de la vie politique (pressions et lobbying, chantage et marchandage). Chaque épisode se construit ainsi sur un dilemme, un conflit que va devoir gérer le gouvernement. La série dévoile l’appareil politique en pleine action, montre ses mécanismes bien huilés mais aussi les contradictions et les surprises qui lui sont inhérentes.
La série reprend les grands thèmes contemporains qui agitent (et divisent) l’Europe et le monde, pour le compte d’une vie politique danoise bien fictionnelle mais néanmoins très réaliste.

La deuxième saison parvient mieux que la première à lier les épisodes ; on retrouve plus de références à propos des compromis et des événements précédents, plus de liens récurrents entre les épisodes qui font de cette saison un tout plus cohérent, bon aperçu de la vie politique d’un pays. La fin de la saison nous plonge davantage dans la vie privée des personnages (notamment celle de Kasper, le « spin doctor » du gouvernement, mais également les enfants de Birgitte), tout en gardant la mesure et la retenue de la série ; bien mené, l’exploration de la vie privée des personnages est émouvante sans pathos, approfondie sans que cela prenne le pas sur l’intrigue politique. C’est d’ailleurs toujours celle-ci qui amène le récit vers l’histoire personnelle, sans toutefois brusquer ou forcer le rapprochement.

La série pose également la question du féminisme. A l’heure où la plupart des gens considère le féminisme comme une lutte pour une cause désormais acquise, il n’est peut être pas si futile de remettre la question au sein des débats. En effet, depuis quelques temps, on peut observer une recrudescence du sujet au sein des médias ; les journalistes scrutent les gouvernements pour calculer au pourcentage près la balance hommes/femmes, le scandale des agressions des journalistes place Tarhir fait l’objet de dénonciations croissantes et de manifestations, et des mouvements féministes se multiplient avec vigueur ; Femen, Pussy Riot… Borgen amène également le sujet tout au long de la première saison, jusqu’à poser directement la question à la fin de la saison 2, consacrant deux épisodes aux troubles politiques causés par les problèmes privés et familiaux de Birgitte ainsi qu’aux pressions exercées sur la jeune journaliste Katrine pour lui éviter une grossesse qui « nuirait au bon fonctionnement de la rédaction ». La question est alors clairement posée ; y a-t-il une différence entre les femmes et les hommes quant à la gestion de leur vie de famille par rapport à leur vie professionnelle ? Birgitte répond à cette question face au Parlement, lors de la très jolie scène qui clôt la deuxième saison, durant laquelle elle délaisse le texte pré-écrit pour répondre spontanément et honnêtement aux accusations portées à demi-mots contre son statut de femme politique.

Alors bien sûr, Borgen met en scène une vie politique idéale. Peu importe vos idéaux et vos penchants politiques, vous ne pouvez qu’admirer la ténacité et l’intégrité du (de la ?) premier ministre. Mais la série sait aussi montrer les pressions qui s’exercent et les tensions qui se nouent, pour forcer bien souvent le pouvoir en place à des compromis, que le gouvernement tente de rendre le plus satisfaisants possible. Au-delà d’une politique des partis, la série danoise révèle le fonctionnement politique d’une société européenne actuelle. Borgen est donc une série politique qui ne fait pas de politique ; elle en dévoile les rouages.

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