Au-Delà des Collines

Attention, cet article dévoile le dénouement de l’intrigue.

Le film s’ouvre par une scène de retrouvailles dans une gare. Alina et Voichita sont 2 anciennes copines de pensionnat. Elles y ont eu une liaison amoureuse aussi. La 1ère est partie vivre en Allemagne, la 2nde et restée en Roumanie et s’est faite nonne. C’est avec l’espoir de repartir avec son ancienne camarade de chambre et de cœur qu’Alina retrouve Voichita. Le temps de la convaincre, elle s’installe avec elle au sein de sa communauté religieuse, un couvent perdu dans les collines moldaves, séparé du monde, où il n’y a ni eau courante ni électricité.

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Alina tente régulièrement de persuader Voichita de quitter l’habit mais cette dernière refuse systématiquement. Ca n’est ni un refus douloureux ni passionné ; il y a de la résignation, de la passivité dans tous les gestes de la sœur orthodoxe. Sa vie appartient au couvent. A plus d’un égard, c’est une histoire d’ignorance. Les 2 filles sont simples ; elles n’ont ni culture ni éducation. Le couvent, Voichita n’y est pas allée, elle s’y est échouée, mais elle a adopté sa régularité, sa constance, ses privations. L’en décrocher, c’est l’exposer aux menaces de l’inconnu, des incertitudes, tout ce à quoi, par sa vie faite d’horaires régulières et de prise en charge, elle n’est pas prête.

Alina, pour sa part, ne représente pas la liberté pour autant ; c’est une détresse qui a besoin de son double pour survivre. Dans le fond, l’une a un toit sur la tête et un sens à sa vie, l’autre n’a rien, nulle part où aller, personne sur qui compter. En conséquence de quoi, Alina, désespérée de la sécheresse de son amie dont elle reste cependant éperdument amoureuse, devient folle. Elle hurle, s’en prend au monastère et, finalement, s’en prend à elle-même.

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Derrière cette histoire il y a un fait divers survenu en 2005. Une femme a été retrouvée morte à la suite d’un exorcisme. Ce fait divers a inspiré à la journaliste Tatiana Niculescu Bran 2 romans, lesquels se trouvent derrière ce film. La fille avait séjourné dans un hôpital psychiatrique pour schizophrénie avant d’être accueilli dans le couvent. De la maladie mentale à la possession diabolique le pas est vite franchi chez des pratiquants orthodoxes qui vivent avec quelques siècles de retard.

Le film de Cristian Mungiu met du temps à s’installer mais prend une force considérable à mesure de sa progression. L’habileté du réalisateur est de mettre en place le drame funeste du couvent en suivant la logique de ses pensionnaires. C’est une ligne droite qui conduit à la tragédie. En voulant aider une personne, ils la tuent à petit feu. Plutôt que montrer des sœurs prises de passion vengeresse en découvrant qu’elles abritent un couple homosexuel, Mungiu nous montre des sœurs dépossédées face à une démence qu’elles ne comprennent pas et qui n’ont que le Moyen-Age comme remède. Nous le disions, drame de l’ignorance.

Un film puissant.

Titre : Dupa dealuri

Réalisation : Cristian Mungiu

Interprétation : Cosmina Stratan, Cristina Flutur

Date de sortie : 21/11/2012

Distribution : Le Pacte

Crédit Photos : Le Pacte

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