Etre Là

Etre là est un documentaire sur le Service Médico-Psychologique Régional ( SMPR ) de la Maison d’Arrêt des Baumettes à Marseille. Régis Sauder y a suivi le quotidien du personnel  soignant sur une durée de 15 jours.

La principale qualité de ce film est bien évidemment de montrer l’intérieur d’un endroit par définition fermé au regard du public. Face aux questions récurrentes concernant d’une part, les conditions d’incarcération et d’encadrement, d’autre part les problématiques de réinsertion et de récidives, ce film permet de voir comment se passe le quotidien de ce service spécialisé. Vision parcellaire bien sûr, on ne pourra d’un coup d’oeil – ou sur une durée d’1h30 – englober l’entièreté de la réalité carcérale.

Qui sont les détenus ? Qui sont les médecins ? Comment travaillent-ils ? Aux 2 premières questions nous connaissons la nomenclature : personnes sujettes à des troubles psychiatriques et toxicomanes d’un côté, infirmiers, psychiatres, psychologues, ergothérapeutes, de l’autre. Mais ce ne sont là que des dénominations, des catégories ; il faut pouvoir se représenter ces personnes, leur donner corps, voir quels sont leur moyens et quelles sont leurs difficultés, et c’est là que le film trouve sa place.

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Le SMPR, c’est 2 choses : une écoute ( entretiens individualisés, etc… ) et une médication ( antidépresseurs, calmants… ) On voudrait croire à la 1ère et considérer la 2nde comme un appui nécessaire qui doit être progressivement supprimé mais ça n’est pas le cas. C’est l’inverse. Et c’est peut-être ce qui rend si difficile le métier pour les soignants. Il ressort du témoignage des détenus une douleur psychique, de la détresse, de la colère, qu’ils n’apaisent vraiment qu’avec des drogues. On voit nombre d’entre eux exiger une avance sur leur prise de médicaments ou demander à recevoir un traitement exceptionnel en raison d’une crise inopinée. Le retour à la conscience, à la lucidité, qui vient avec la résorption des effets des drogues, s’accompagne d’un reflux de la douleur et de la colère. Il y a, on a l’impression, un continuel désir de s’engourdir la pensée. Le dialogue, à côté, paraît peu utile ; et pourtant indispensable tant il est bien évidemment inconcevable de prescrire des drogues sans se soucier de la santé mentale des patients.

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Le placement en SMPR est censé être provisoire. C’est donc qu’il doit avoir des résultats positifs. Le temps trop court de filmage, compliqué de l’impossibilité administrative de filmer les patients-détenus, ne permet malheureusement pas de mesurer l’efficacité des traitements.

On regrette que Régis Sauder ait cédé à quelques artifices de mise en scène. Le film est notamment accompagné par la voix d’une des psychiatres qui commente son expérience personnelle. Plutôt que recueillir ses impressions de façon spontanée, elle dit (et lit ) un texte face caméra ; ce texte est très écrit, très littéraire, éthéré presque ; comme une abstraction du ressenti du métier de psychiatre en prison. C’est tout ce qu’on ne veut pas entendre. Ca sonne faux, ça la coupe de sa propre expérience. Rajoutons ici une musique biscornue, un N&B un peu artificieux. Le maniérisme cannibalise l’authenticité des images. Tout ça est bien dommage et porte un peu préjudice au film.

Au final, entre le désintérêt des résultats du service et cette mise en scène parfois trop appuyée, on suspecte un peu le réalisateur de complaisance.

Titre : Etre Là

Réalisation : Régis Sauder

Date de sortie : 07/11/2012

Distribution : Shellac

Crédit Photos : Shellac

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