Augustine

Augustine Gleizes fut une des patientes les plus célèbres du Professeur Charcot.

On la voit, au début du film, vêtue de noir, un œil clos, une main repliée en serre, se faire accompagner vers l’Hôpital de la Salpêtrière, sur la musique que Wojciech Kilar a composée pour le Dracula de Coppola. Mise en situation. L’hôpital n’est pas tout à fait un lien de soin, c’est autre chose ; dans cet imposant bâtiment de pierre perdure un moyen-âge – celui des femmes possédées – sur lequel les scientifiques modernes expérimentent.

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Jean-Martin Charcot présente des crises d’hystérie qu’il suscite artificiellement par le biais de l’hypnose, au cours de séances publiques. Ces séances qui ont lieu le mardi – « les leçons du mardi » – sont, sous couvert d’études scientifiques, le théâtre d’un spectacle effrayant et érotique. Augustine se plie, se convulse, se saisit l’entrejambe, arrache ses vêtements, crie, devant une assistance sérieuse et un tantinet fébrile.
L’amphithéâtre de la Salpêtrière promet plus d’émotions que les mélodrames du boulevard du Temple. C’est l’antre des succubes. «  Le docteur Charcot, ce grand prêtre de l’hystérie, cet éleveur d’hystériques en chambre, entretient à grands frais dans son établissement modèle de la Salpêtrière un peuple de femmes nerveuses auxquelles il inocule la folie, et dont il fait, en peu de temps, des démoniaques . » écrira Guy de Maupassant – citation reprise dans le film dans la bouche de Chiara Mastroianni qui joue la femme de Charcot.

Le parti pris d’Alice Winocour a été de faire de la maladie nerveuse d’Augustine une sorte de pré-révolte féministe. Les femmes de la Salpêtrière, qui étaient généralement d’origine modeste – Augustine est illettrée – sont socialement et sexuellement opprimées ; la cinéaste voit dans leur crise d’hystérie, leur corps qui se déchaîne, qui exprime souffrance, désir, frustration.

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Le film repose sur le rapport ambigu du médecin et de sa patiente. D’une sexualité qui se manifeste d’abord de manière chaotique, prise dans des symptômes nerveux, incontrôlés, Augustine, à mesure qu’elle se rend compte de l’attrait dont elle est l’objet, apprend à se maîtriser. Les rapports se bousculent, la dépendance de la fille perdue envers le médecin autoritaire change de sens. Le médecin a besoin de sa patiente-star pour son prestige et elle en prend de plus en plus conscience.

Ce parti pris d’Alice Winocour implique néanmoins une grosse distorsion de la réalité. Le destin d’Augustine fut certainement tragique. La réalisatrice a voulu voir l’émancipation d’une femme quand il n’y eut probablement rien de plus que son avilissement. Rien ne dit non plus qu’elle ait jamais eu une emprise sur Charcot.

Réalité historique quelque peu brodée donc, idéalisme rétrospectif, qui n’empêchent pas, cependant, au film d’être très bon.

Titre : Augustine

Réalisation : Alice Winocour

Interprétation : Soko, Vincent Lindon

Date de sortie : 07/11/2012

Distribution : ARP Sélection

Crédit Photos : ARP Sélection

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