J’Enrage de Son Absence

Un homme, Jacques ( William Hurt ) reparaît dans la vie d’une femme, Mado ( Alexandra Lamy ). Tous les deux ont eu une liaison dans le passé dont on ne saura peu de choses sinon qu’elle s’est conclue douloureusement avec le décès d’un enfant. C’est de ces retrouvailles semi-agréables semi-pénibles ; on est content de se revoir mais on ne souhaite pas renouer pour autant. Je te souhaite le meilleur, ciao, adieu.  Mais si d’un côté Mado a refait sa vie, s’est mariée et a eu nouvel enfant, Jacques, lui, vit seul, et n’a jamais comblé le vide laissé par le décès de son fils.

D’abord, il se montre sympathique avec Paul, le fils de Mado, se présentant à ses yeux comme un parent lointain, un oncle d’Amérique, plein d’histoires et d’exotisme, puis, projetant tous ses désirs de père enfouis, refoulés, il pénètre clandestinement dans la vie de l’enfant.

On n’est pas dans le syndrome de l’immixtion dans la vie de couple ou de famille, type Harry, Un Ami qui Vous Veut du Bien , avec un homme ultra-sympathique et envahissant, mais dans quelque chose de plus misérable et inquiétant : Jacques se fait spectre, invisible aux yeux de tous, sauf à ceux de l’enfant.

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Tout le challenge de Sandrine Bonnaire qui réalise là son 1er film est de faire en sorte que Jacques ne passe pas complètement pour un pervers. Un homme qui vit tapi dans l’ombre, appâte un enfant de cadeaux et de gentillesses, lui demande de tenir secret son existence à ses parents, voilà le portrait tout fait d’un manipulateur, d’un de ces monstres qui, ponctuellement, font surface dans les gros titres. Le Jacques de Sandrine Bonnaire est juste un homme qui se laisse sombrer, au propre et au figuré.

On éprouve des sentiments mêlés à son endroit : de la compassion, quand dans toute sa misère et malgré le danger qu’il représente, transparaît son honnêteté, du dégoût tant son attitude implique de renonciation, de déni et d’une certaine complaisance. Sandrine Bonnaire adopte son point de vue mais ne triche pas : elle aurait pu faire du nouveau mari de Mado, un salopard, et de Paul, un enfant malheureux qui a besoin d’un père de procuration. C’eut été une histoire différente. Ici, c’est le dépit d’un homme qui tente de vivre un tout petit peu une histoire qu’il a manqué ; il ne vole pas la place du mari de Mado ( Augustin Legrand ) il en récupère juste les miettes.

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Le dénouement, inévitable, il y en a un seul, est craint et espéré en même temps. Pour la réalisatrice, un film sur « l’amour impossible » – selon ses propres mots – mais à notre sens plutôt un film sur la perte et l’affliction. Quoiqu’il en soit un 1er passage réussi derrière la caméra.

Titre : J’Enrage de Son Absence

Réalisation : Sandrine Bonnaire

Interprétation : Alexandra Lamy, William Hurt

Date de sortie : 31/10/2012

Distribution : Ad Vitam

Crédit Photos : Ad Vitam

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