Le magasin des suicides

Le magasin des Suicides est l’adaptation – quelque peu décevante- de l’excellent roman éponyme de Jean Teulé qui recelait pourtant un immense potentiel comique et dramatique. Soit une ville morne où les gens sont si désespérés que le seul commerce qui prospère, celui des Tuvache , est spécialisé dans la vente d’objets ou produits permettant d’en finir avec la vie. La reconstitution de la boutique, également temps d’exposition des différents personnages, est plutôt réussie: on pénètre dans le magasin des suicides comme dans une caverne d’Ali Baba. Poisons en tout genre, nœuds coulant, sabres japonais et autres trouvailles des quatre coins du monde pour une mort au plus près des envies ou de la personnalité du suicidé.

Des mélodies guillerettes viennent ponctuer chaque moment décisif de l’action, accentuant un peu plus la dimension absurde des événements. Techniquement, les décors et les personnages ont un petit côté BD bien sympathique, on est bien dans un univers visuel personnel. Côté caractérisation, on pense à la famille Adams pour les adolescents Tuvache mais parfois aussi aux Bidochons pour l’aspect mesquin du couple de commerçants âpres au gain. Et c’est là où le bat blesse: le scenario évacue rapidement les ambivalences des personnages de Jean Teulé pour tirer le film vers la comédie grand public un peu niaise avec happy-end final. Les Tuvache, gagnés par la morosité ambiante, se suicideront-ils? Leur fils cadet parviendra-t-il à rendre leur sourire aux habitants de la ville?

On ne comprend ni les états-d’âmes du couple Tuvache, présentés comme des commerçants sans scrupules, ni les motivations du petit dernier, rejeton tout souriant de la famille, qui s’évertue à donner du bonheur et du plaisir autour de lui. Au final, un récit en deux temps, avec une deuxième partie menée tambour battant qui expédie tous les enjeux dramatiques en moins de 20 minutes pour offrir une farandole finale toute dégoulinante de bons sentiments.

Reste la dimension sarcastique et morale du film, elle-aussi sous exploitée dans la deuxième partie du récit, bien qu’elle pose une question brûlante d’actualité. En ces temps incertains où les médias agitent autant de peurs (récession économique, violences urbaines, désastres écologiques et sanitaires) on est en droit de se demander: sommes-nous réellement en crise ou tente-t-on de nous le faire croire?

Rien que pour ça, Le Magasin des Suicides mérite un petit détour au cinéma. On appréciera sa première partie caustique et on lui pardonnera aisément son happy end final: après tout, il faut parfois nous rappeler que le bonheur, c’est aussi simple qu’une bonne crêpe chaude.

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