Gebo et l’ombre

Le texte d’origine est magnifique. Réflexion sur la vanité de l’existence et l’hypocrisie des conventions sociales, c’est un véritable hymne à la vie. Gebo, fils fugitif, incarne les multiples visages de la peur pour cette famille atrophiée sur elle-même. Il a volé, il a peut-être même tué. Son retour n’est attendu que par sa mère, femme à l’esprit tourmenté, inconsolable depuis sa disparition, il y a plusieurs années. Les autres personnages, un père résigné et une épouse hagarde, sont sans nouvelles aucune de Gebo et entretiennent l’espoir pour ménager une mère que tout le monde prend pour une folle. Manoel de Oliveira sait à merveille restituer la façade mensongère derrière laquelle se drapent des personnages plus troubles qu’ils ne paraissent.

Le dispositif théâtral adopté souligne la dimension œdipienne du drame mis en scène. Face à à un Michael Lonsdale parangon de vertu morale, Gebo a envie de tuer son père. Claudia Cardinale incarne à merveille la mère aimante victime d’un destin familial qu’elle n’a pas choisi. Des plans fixes, un lieu unique (un intérieur domestique qui suinte la pauvreté et la tristesse), des personnages qui sortent ou entrent dans le cadre, des dictions et une gestuelle très figées: Gebo et l’ombre, malgré la beauté de la photographie et les jeux de lumière entre pénombre et rougeoiements des becs de gaz, a de quoi rebuter…

Certains acteurs (Lonsdale, Cardinale et Jeanne Moreau , pétillante voisine qui insuffle un peu de joie dans ce morne paysage) tirent leur épingle du jeu sans parvenir à sauver le film qui, ne parvenant pas à s’affranchir de certaines conventions théâtrales, perd ses spectateurs en route.

Le père de Gebo affirme à un moment: « La chance de notre vie, c’est la routine. » Cela résume assez bien le film.

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