Après la bataille, Yousry Nasrallah

Il n’est jamais facile, pour un réalisateur, de s’attaquer à un sujet d’actualité brûlant… Yousry Nasrallah réussit, pourtant, avec Après la Bataille à rendre part de la complexité des multiples enjeux de la révolution égyptienne. Sans jamais faire preuve de candeur manichéenne, il offre au spectateur à voir comment, un mouvement décisif dans l’Histoire des Peuples, ne peut être correctement compris qu’en rendant compte des choix personnels des différents acteurs.

Ce qui frappe d’abord dans le dernier film de Yousry Nasrallah, c’est le soin apporté à la constitution d’univers complètement opposés. Le Caire est aussi l’un des personnages principaux d’Après la Bataille. En passant d’un appartement cosy du quartier de Zamalik à une maison aux sols de terre battue aux pieds des Pyramides, on pénètre dans l’intimité de personnages pour qui la révolution égyptienne ne revêt pas la même signification. Pour les cavaliers de Nazlet , quartier récemment séparé des Pyramides par un gigantesque mur qui n’est pas sans rappelé celui de Cisjordanie, la révolution, en faisant fuir les derniers touristes, ne va attirer que des ennuis. Pour les agences de publicité égyptiennes et les jeunes militantes éduquées, c’est l’occasion de faire tomber les barrières sociales entre les différents Égyptiens et se débarrasser d’un pouvoir corrompu. C’est aussi l’occasion de faire le buzz dans les média et de manière plus prosaïque de laisser éclater une soif de liberté longtemps maintenue en bride…

La rencontre entre Reem ( Menna Chalaby ), jeune femme libérée, et Mahmoud, le fier cavalier d’un autre temps, aurait dû rester une rencontre d’un soir si l’on s’en tient à la peinture des classes sociales du film. Mais, Yousry Nasrallah choisit de faire de la tension romanesque d’un amour mort-né le moteur dramatique de son scenario. Le personnage de Reem, féministe qui se pose en éternelle victime des hommes (voir ses relations avec son ex-mari), comporte quelques aspects caricaturaux qui pourront agacer. Le personnage de Fatma, l’épouse de Mahmoud, interprétée par Nahed El Sebai , est lui, autrement plus fouillé. Jamais dupe de l’idylle qui se noue entre Reem et Mahmoud, c’est finalement elle qui met Reem face aux véritables enjeux sociaux de la Révolution en la renvoyant à sa condition de petite fille gâtée.

Enfin, face à une Reem tout feu tout flamme qui parle avec la vitesse d’une mitraillette, Bassem Samra campe un cavalier pudique et violent dont les contradictions font tout le sel de l’histoire. Le désir violent qu’il éveille en Reem suffit pour faire de lui le véritable symbole de la révolution égyptienne. S’accrochant coute que coute à son métier de cavalier, sa seule passion, empêtré dans des relations conjugales lestées du poids des traditions et de l’influence clanique, le personnage de Mahmoud (interprété par Bassem Samra, acteur fétiche du réalisateur) s’impose comme une figure dramatique dont le désir de liberté se heurte au devoir de bien faire…

Un traitement classique qui évoque les grandes tragédies cornéliennes et qui fait d’Après la Bataille, film surfant sur l’actualité, un magnifique récit universel et intemporel…

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