Mobile Home

C’est une fuite bien sûr ; refus de se jeter dans la vie active, mais c’est une fuite à l’épreuve du réel : ayant acheté leur taudis sur roues, ils vont se confronter à toute l’absurdité de leur projet et, ironiquement, plus souffrir que s’ils s’étaient raisonnablement résignés à mener leurs études à terme et à chercher du travail.

Tout le charme du film repose bien sûr sur la série d’encombrements et de tuiles qui vont empêcher le duo de progresser. Partis pour un voyage censé les conduire au Groenland via Moscou et Barcelone, ils échouent sur le parking d’un garage où ils attendent la rechange d’une des pièces de leur improbable tacot. De vendre des glaces sur la page, ils arrachent en fait des sapins, tâche qui, on le comprendra, est autrement pénible. Mais leur force est de ne jamais se remettre en cause, certains qu’ils sont d’être « provisoirement » immobilisés.

Ils sont bourrés de certitudes, ou plutôt bourrés de doutes qu’ils noient sous des hectolitres de certitudes. « T’inquiète pas », « je gère », « c’est pas un problème » , « on verra » constitue une part importante du registre de leurs dialogues.

Il y a dans ces 2 lascars-là quelque chose d’inévitablement sympathique : si on n’a pas soi-même eu le projet de faire le tour du monde avec 2 euros, on connaît forcément des proches qui l’ont eu – mais, dans le fond, ce projet irréaliste vaut pour tous les projets fantasques et mal menés qu’un homme entre 18 et 25 ans peut échafauder – Chacun pourra se reconnaître dans la démarche.

Mais il y aussi quelque chose d’inévitablement agaçant chez eux : trop djeuns, trop cools, trop bons-vieux-potes-des-familles . On est bien tentés par une paire de gifles ou deux. Mention spéciale à Arthur Dupont, clone belge de Romain Duris, aussi têtes à claques que l’était Duris dans ses 1ers films. Cela étant, ils sont, l’un et l’autre, très bons dans leur rôle. Jackie Berroyer, en père dépité, ne démérite pas non plus.

Epopée de jeunesse très sympathique donc, pleine de vécue et d’humour, bien écrite, et surtout bien plus spontanée et juste que la plupart des films estampillés potes-qui-se-galèrent-mais-qui-sont-cools dont les américains se sont faits une spécialité.

Titre : Mobile Home

Réalisation : François Pirot

Interprétation : Arthur Dupont, Guillaume Gouix

Date de sortie : 29/08/2012

Distribution : Distrib Films

Crédit photo : Distrib Films

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

2 Responses to "Mobile Home"

  1. Ether Adami says:

    Et j’irais plus loin encore: c’est désespérant!

    Mobile Home, un foyer mobile, étrange et familier, rappelle la bien trop souvent citée mais inépuisable Unheimlichkeit freudiennne. On veut partir et pourtant on reste ; on est chez soi, mais pas à sa place ; déplacé, mais chez soi. Enfin, on ne tient pas en place.
    {Mobile Home} est énervant, énervant ! Mais tellement vrai pour une génération perdue de trentenaires belges bobos, incertains, douteusement révoltés… et effrayés.
    {Mobile Home}, c’est donc l’histoire de deux Belges angoissés, incapables d’avancer d’un pas, et trouvant, à défaut de pouvoir chercher, refuge chez leur parents qui, sous une apparence de normalité, sont bel et bien pervers.
    On voit les parents, on comprend.
    Du foyer étouffant de leurs parents, ils passent au foyer étouffant d’une mini-maison sur roue ; d’un chez eux déplacé, ils trouvent un chez eux dé-placé. Mobile homes, indeed, no camping cars ; ropy trips rather than road trips.
    Un manque total d’imagination et de créativité chez ces deux vieux jeunes embourbés, faisant bien trop confiance aux piscines gonflables et ballons colorés du supermarché pour animer leur « voyage ».
    Un film sans mouvement, mais, peut-être, une prise de conscience en fin de film, un changement intérieur, lent mais profond.
    On se demande si François Pirot a choisi l’objet de son film, a réellement voulu par lui sublimer ces rapports pervers décrits avec raffinement ?
    Je le pense. Et je ne dirais donc pas que {Mobile Home} a « la fraicheur », ou l’innocence de la jeunesse, mais il a bien plus que cela.

    Répondre
  2. Pierre Fonsagrive says:

    François Pirot a créé le personnage de Julien – qui est d’origine assez modeste – justement pour casser le côté bobo des 2 trentenaires qui fuient le réel mais peuvent revenir d’un moment à l’autre chez leurs parents.
    Finalement, comme je le disais, de fuir le réel ils s’y confrontent plus que jamais. C’est ça qui est intéressant – et marrant.

    Répondre

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**