Terri, Azazel Jacobs

Terri traverse le film en pyjama . Ses actions, son attitude et son look, tout en lui transpire l’anormalité. Amateur de pains toastés au haricots, il vit seul dans une vieille maison entourée par la forêt avec un oncle atteint d’Alzheimer. On apprend rapidement qu’il n’a pas de parents. Sont-ils morts, l’ont-ils abandonné? Lui-même ne possède pas la réponse et ne semble pas s’en contrarier. La force de Terri est de traverser les événements avec une désinvolture qui n’est pas de la distance ou de l’indifférence froide.

Le mérite du réalisateur est d’avoir, avec une extrême tendresse, soigné la description de l’environnement familial, amical et scolaire du personnage principal. Bien que le film soit éponyme, Terri est un chant choral qui regroupe plusieurs jeunes et adultes donnant discrètement de la voix pour laisser leur empreinte sur le monde.

Il y a d’abord l’oncle de Terri, magnifiquement interprété par Creed Bratton , célèbre pour ses répliques dans The Office . C’est un intellectuel mélomane qui profite chaque jour de quelques minutes de répit pour continuer à créer…Son interaction avec Terri, transformé en aide-soignant, nous offre les plus belles séquences du film…

Il y a ensuite Chad ( Bridger Zadina ), élève révolté qui lorsqu’il ne suscite pas la colère de son entourage piégé par ses farces de potache s’arrache les cheveux. Le jeune acteur qui l’interprète parvient à rendre sympathique et séduisant un rôle de freak qu’on aurait, dans d’autres occasions, méprisé sans avoir mauvaise conscience. Enfin, il y a Heather, la fille la plus populaire tombée en disgrâce après avoir été surprise dans une position sexuellement compromettante en plein cours de travaux manuels…

Tous trois se retrouvent convoqués par Monsieur Fitzgerald (John C. Reilly), le principal, un ex-Freak couvert de boutons qui essaie maladroitement de venir en aide aux jeunes parias de son établissement scolaire. La confrontation à Fitzgerald, père de substitution socialement handicapé, préférant l’amitié de jeunes paumés à une véritable vie sociale et familiale, nous vaut de savoureuses scènes comme lorsque Chad et Terri l’accompagnent à l’enterrement de la vieille secrétaire asthmatique. La justesse de jeu de John C. Reilly rend crédibles des situations farfelues qui dans un autre film sembleraient complètement artificielles mais il faut aussi saluer la direction des jeunes acteurs, tous formidables dans des rôles difficiles…

Sans jamais sombrer dans la caricature acerbe et méchante, Terri parvient à entretenir l’intérêt du spectateur pour une intrigue finalement assez mince. Terri séduira-t-il Heather? Les protégés de Fitzgerald parviendront-ils à se faire accepter par leurs camarades?

L’enjeu n’est pas là: à la fin du film, on les retrouve confrontés aux mêmes défis et interrogations. Mais, les liens ténus d’amitié et de solidarité qui se sont tissés entre eux participent à l’écriture d’une philosophie simple mais résolument optimiste de la vie. Comme l’affirme platement Fitzgerald au sujet de l’origine des problèmes existentiels des individus « Dans la vie, y a des gens qui veulent toujours plus. » A voir Terri dévaler les chemins forestiers, un véritable sourire de contentement sur les lèvres, on se dit qu’il possède peut-être le secret d’une vie pleinement satisfaisante…

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**