Cosmopolis

Cronenberg confesse avoir écrit le scénario en 6 jours ; c’est parfois des choses qu’il ne faut pas dire. Cela étant, on le croit volontiers.

Dans un entretien donné à Slate.fr*, il avance que les gens, trop habitués au cinéma d’action, ne sont pas disponibles ou prêts pour un film qui repose essentiellement sur ses dialogues. Mais le problème, bien sûr, n’est pas là. C’est que les dialogues en question sont rigoureusement incompréhensibles.

Tout vient du roman de De Lillo. Les dialogues n’ont pas été réécrits, ils sont reproduits textuellement à quelques infimes variantes. On sait combien il est risqué de faire du copié-collé linguistique du roman au film. Ce qui se lit ne s’entend pas toujours. Ca n’est pas une question de différence entre langue parlée et langue écrite, ça fait belle lurette que le roman a rattrapé la langue « de tous les jours », et que l’enjeu de la transposition de l’oral à l’écrit a été surmonté. Hugo qui disserte de la légitimité de faire entrer de l’argot dans la littérature ou Céline qui emmerde ceux qui se choquent de sa ponctuation, c’est du lointain.

Un roman, dans ses descriptions, donnent toujours des vues d’ensemble qui valent pour l’intégralité d’une séquence. Il faut planter le décor mais le romancier ne peut pas le faire évoluer continuellement, dans la durée. Ca n’est toujours que des séries d’images qui se suivent et qui englobent des portions de temps plus ou moins importantes. Tout l’inverse d’un film, dont le visuel évolue dans le mouvement et le temps continu.

Quand, par exemple, DeLillo décrit Benno Levin – nous nous référons à la traduction faite par Marianne Véron pour Actes Sud – « avec sur la tête et les épaules une serviette de bain, drapée à la manière d’un châle de prière » on a, bien sûr, une image un peu grotesque parce qu’il apparaît ainsi alors qu’on s’attend à une séquence d’action, mais on n’a pas le sentiment de maniérisme et de fausseté profonde qui nous saisit à ce moment dans le film. On sent Paul Giamatti, comme obligé de porter cette serviette d’une manière très particulière, qui attire le regard, qui le rend bizarre. Dans le roman, c’est une silhouette misérable, dans le film un homme qui a une attitude anormale, ostentatoire, presque lynchienne .

Si les dialogues procurent, bien évidemment, une impression d’absurdité permanente, ils s’interconnectent malgré tout avec les commentaires faits par l’auteur sur les impressions des personnages. Ils trouvent une forme de cohérence. Il y a du Kafka, du K. Dick dans ce court roman. Rien ne s’y passe normalement mais l’absence d’une durée tangible permet la liberté de narration de l’auteur. Cronenberg les vide de leur substance, les laisse retentir creux, éthérés ; impression d’autant frappante que le film, qui se passe dans sa majeure partie dans la voiture de Packer-Pattinson, n’a que très peu de son d’ambiances.

Faire un film n’est pas écrire un roman.

On regrette que Cronenberg, pourtant habitué aux problématiques de l’adaptation, ait opté pour une transposition si brute du matériel et se soit fourvoyé si complètement.

Titre : Cosmopolis

Réalisation et Scénario : David Cronenberg d’après le roman « Cosmopolis » de Don DeLillo

Interprétation : Robert Pattinson, Sarah Gadon, Kevin Durand

Date de sortie : 25/05/2012

Distribution : Stone Angels

Crédit Photo : Stone Angels

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