Derniers jours à Jérusalem

Fondé sur un principe d’oppositions et de contradictions, Derniers jours à Jérusalem est un film au rythme aléatoire, à l’image de la vie de Nour et Iyad ; tout commence par une rencontre à l’hôpital. Une rencontre provoquée par une naissance avortée ; une nouvelle vie à deux, marquée d’une ellipse, commence rapidement. Puis cette vie commune stagne et s’enlise dans la banalité du quotidien. La solution : un départ pour Paris. Décision trop brusque, mouvement trop rapide, entravé par la vie de Jérusalem qui rappelle le chirurgien à son hôpital. Pour marquer ces oppositions, un contrepoint sonore vient régulièrement altérer la tranquillité des images ; dans le premier plan, Nour semble dormir, éclairée par une lumière douce et chaleureuse. Mais une musique dramatique vient briser la quiétude du plan. La même musique revient dans la voiture, avant que le téléphone d’Iyad ne sonne ; le plan montre pourtant la liberté vers laquelle les personnages, souriants, ouverts à leur nouvelle vie, pensent se diriger.

Une ambiguïté entre la vie et la mort règne tout au long du film ; tout commence par une rencontre amoureuse à l’occasion d’un avortement. Face au malaise grandissant du couple, Iyad se réfugie dans son travail de chirurgien, sans cesse confronté à l’oscillation entre la vie et la mort. Le comportement de Nour est lui aussi souvent ambigu ; elle passe du rire aux larmes au sein d’un même plan, témoigne de son attachement à la ville, ses amis et sa famille au moment même où elle désire partir plus que tout. Cette dualité se retrouve lors de quelques plans dans sa loge de théâtre ; Nour se confronte à elle-même par le biais d’un miroir, grimée en vieille dame. Vêtue de noir le jour du déménagement, elle s’arrête un moment devant un miroir resté dans l’appartement vide ; tout mouvement, toute esquisse de changement est assimilé au deuil, à la mort. Un beau moment cristallise les ambiguités du personnage ; elle marche sur un muret qui sépare un chemin d’une falaise abrupte. Elle lève les bras, rit ; elle semble heureuse, pleine de vie et de liberté, mais une certaine tension nous fait prendre soudainement conscience que son geste est aussi celui d’un jeu avec la mort.

Histoire universelle d’un couple à la dérive, on retrouve un peu du Mépris et d’un Voyage en Italie dans Derniers jours à Jérusalem . Sauf que les personnages, de plus en plus murés dans leur malheur, ne parviennent pas à sortir de leur quotidien, aussi bien géographiquement que psychologiquement.
Le premier plan commence à l’extérieur, balaye la campagne israélienne, puis nous fait entrer dans la chambre de Nour. Un peu plus loin dans le film, un plan semblable nous montre Nour se reposer ; mais cette fois, nous ne voyons la campagne qu’à travers la fenêtre. De même, lorsque les personnages quittent enfin leur appartement, ils se retrouvent enfermés dans une voiture, sans même pouvoir ouvrir la fenêtre à cause du bruit. Tout alors rappelle l’enfermement. Lors de ce premier départ, le mur de séparation entre Jérusalem et la Cisjordanie est filmé lorsque le couple fait demi-tour. Le second départ est également marqué par ce mur. A chaque esquisse de mouvement, de changement, les personnages se trouvent face à un mur, celui de Jérusalem Est. L’image du mur et le contournement qu’il impose rappelle l’enfermement que ressent ce couple Palestinien vivant à Jérusalem Est, et la difficulté de quitter cette région qui leur est pourtant hostile.

Date de sortie : 23 mai 2012

Durée : 1h 20min

Réalisé par Tawfik Abu Wael

Avec : Lana Haj Yehya, Ali Badarni, Kais Nashif

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