Moonrise Kingdom

Pour nous faire peur : voilà une histoire de scouts. On craint l’épopée miniature ; l’esprit castors-juniors ; la survie au couteau suisse. Et, quelque part, la trame s’y tient. Un gamin s’enfuit de son clan retrouver une fille dont il est tombé amoureux. Ils vont à la débrouille, nulle part en particulier, et de toute façon, du haut de leur 12-13 ans, sont voués au court terme. Ce n’est pas une évasion, c’est une fugue.

Le pire, c’est jouer l’attendrissement, lequel se situe entre la condescendance et le marketing. Anderson évite le piège, la chausse-trappe disons pour rester dans l’esprit, mais c’est vrai qu’on ne l’y attendait pas.

Il y a dans cette amourette enfantine une sorte de paganisme. C’est plein d’objets sacrés, de sanctuaires, d’animaux-totems, de rituels. La séquence du mariage est, de ce point de vue, peut-être moins anodine qu’elle n’y paraît. Union profane dans les bois – magiques, forcément.

Si tous les détails, les attachements futiles, qui font l’univers des 2 enfants nous apparaissent ridicules ou, disons plutôt, dérisoires, Wes Anderson reste, pour sa part, sérieux ; le petit, le grand, l’important, le pas important, tout ça n’est toujours qu’une question de perspective ; c’est en ça qu’il esquive l’attendrissement.

On rit de la vanité de leur entreprise ? Sûrement, mais le contraste entre leur monde, qui paraît ridicule mais qui dissimule une richesse intérieure fabuleuse, et celui des adultes, qui paraît sérieux mais qui dissimule misère et pauvreté affective, nous fait relativiser ces jugements. L’éphémère et l’éternité font meilleur ménage qu’on ne croit.

On rit encore de les voir s’encombrer dans leur périple de toutes sortes d’objets inutiles – un tourne-disque, des livres, des jumelles – mais c’est justement tout le sujet : que garder ? Ce qui est précieux ou ce qui est fonctionnel ?

D’un côté des enfants pleins de secrets, de l’autre des adultes paumés, comme vidés d’être trop « adultes ». Séparation là encore, magique, entre 2 mondes.

C’est une balade, une petite comptine déglinguée que ce dernier film de Wes Anderson, qui reste toujours aussi surprenant.

Ouverture du Festival de Cannes.

Titre : Moonrise Kingdom

Réalisation : Wes Anderson

Scénario : Wes Anderson et Roman Coppola

Interprétation : Jared Gilman, Kara Hayward, Bruce Willis, Edward Norton

Date de sortie : 16/05/2012

Distribution : StudioCanal

Crédit Photos : Focus Features

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