Les affres de la création dans Twixt (Francis Ford Coppola) et Young Adult (Jason Reitman)

Série Z digne d’un des épisodes des Contes de la crypte , Twixt déçoit de prime abord. Un scenario ultra mince qui semble avoir été écrit sur le coin d’une serviette en papier dans un diner de la banlieue de LA par une bande de potaches… Des effets spéciaux qui amusent plus qu’ils n’effraient, un ramassis de personnages secondaires caricaturaux, maintes fois vus -et dans de meilleures conditions- au cinéma… Ce ne sont pas les mimiques crispées de Bruce Dern dans la peau d’un shérif sadique qu’on soupçonne d’être à l’origine du meurtre dès ses premières apparitions qui sauveront le film de son naufrage scénaristique…

Hal Baltimore, écrivain d’histoires de sorcières, est envoyé dans une petite bourgade pour assurer la promotion de son dernier bouquin. Il se rend vite compte que personne n’est là pour l’accueillir. De toute façon, la ville ne compte aucune librairie et il doit bien vite plier bagage de la quincaillerie où il tenait son stand. Approché par un shérif au sourire sardonique qui abrite un cadavre planté d’un pieu dans sa morgue, Hal décide pourtant de rester quelques jours de plus pour enquêter sur une série d’assassinats perpétrés il y a plusieurs décennies dans un mystérieux hôtel où aurait séjourné Edgar Allan Poe… Il sera aidé par une jeune fille mi-vampire mi-fantôme (Elle Fanning)qui lui apparaîtra en rêve…

Malgré ses allures d’immense collage foutraque, Twixt finit par exercer un certain charme sur le spectateur. Est-ce dû au ton élégiaque des déambulations nocturnes d’Hal Baltimore, écrivain de romans fantastiques de seconde zone, lui-même interprété par un acteur sur le déclin? ou alors les jeux de miroirs entre la perte fictionnelle du personnage principal, père endeuillé en panne d’inspiration depuis le décès accidentel de sa fille, et celle, bien réelle car autobiographique du réalisateur dont le fils aîné trouva la mort dans une course de hors-bords? Twixt est un film d’ombres, traversé de plusieurs fantômes: Edgar Allan Poe, guide spirituel de Hal Baltimore, et en creux, du réalisateur, mais aussi ceux des enfants assassinés ou de la jeune V, double fantomatique du fils aîné trop tôt disparu…

Malgré ses louvoiements vers le film d’épouvante, Twixt est surtout la confession d’un père qui, arrivée au terme de sa carrière, revient sur le drame qui a hanté la majorité de ses films. Il le fait de manière naïve, extrêmement maladroite, avec des symboles énormes et des citations types qu’un étudiant aurait recopié à la va-vite la veille de rendre un devoir universitaire…

Usant de procédés esthétiques et techniques grossiers pour mettre en scène les différends matrimoniaux (des splits screens sur fond de skype), multipliant les compositions à la David Lynch pour décrire l’ambiance sordide de la petite bourgade, marquant très nettement le passage de la réalité au rêve par des images bleutées d’où émergent quelques teintes de rouge sanguinolent, Twixt aligne les trucs et astuces du cahier des charges d’un jeune réalisateur abonné aux films fantastiques fauchés mais qui rêverait de traiter de sujets plus sérieux…

Et c’est finalement à cause de ses nombreuses maladresses que le film parvient à émouvoir. Val Kilmer campe un détective-écrivain très convaincant et possède le vécu suffisant pour insuffler le semblant de tragédie que ne parviennent pas à créer les différentes apparitions compassées de Ben Chaplin , interprète décevant d’Edgar Allan Poe. La présence, complètement hors sujet, de jeunes gothiques que les habitants soupçonnent des pires horreurs, devient finalement l’emblème de ce film, à moitié raté: l’exercice de style d’un réalisateur vieillissant qui tente vainement de reconquérir la liberté et l’innocence de ses débuts mais se retrouve définitivement piégé après avoir contemplé son passé et les différents cadavres semés en chemin…

Twixt offre en ce sens une réflexion – à moitié consciente?- sur le processus de création. La figure du vampire qui s’incarne sous les traits de Virginia puis de Flamingo n’est pas celle que l’on croit: le véritable vampire de l’histoire, c’est Hal Baltimore qui comprend, après avoir regardé en face la mort de sa fille, qu’il doit se repaître d’autres histoires pour enfin pouvoir en raconter une de valable… La conclusion du film se révèle d’un cynisme incroyable: après avoir été baladé pendant des heures dans un film bric-à-brac, le spectateur découvre un Val Kilmer au sourire carnassier remettant à son éditeur une liasse de pages qui lui assurera la fortune…Twixt n’est pas tant un ultime opus sur le sujet de la perte paternelle qu’un immense pied de nez aux moralistes en tout genre: peu importe la douleur de l’homme, ce qui importe à l’écrivain, c’est de créer, même au prix de nouveaux cadavres…

Dans un tout autre genre, la comédie indie, Young Adult , réalisé par Jason Reitman , présente au spectateur un autre type d’écrivain vampire: Mavis, une femme plus tout à fait jeune, complètement névrosée qui décide de retourner dans le bled qu’elle a quitté sans regrets, prête à tout pour reconquérir son amour de jeunesse qui vient de devenir papa.

Young Adult est intéressant rien que pour la performance d’actrice de Charlize Theron qui s’en donne à cœur joie dans un rôle de peste borderline. Le film souffre de quelques longueurs et cultive lui aussi les maladresses scénaristiques – on comprend immédiatement qu’elle finira dans le lit du copain geek rondouillard- mais il offre un véritable enjeu dramatique et moral au spectateur… En renvoyant dos à dos les trentenaires ploucs et l’ex-reine du lycée devenue une artiste pimbêche, en soulignant l’hypocrisie des uns (ils ont des bébés parce que c’est la troisième chose à faire sur la liste après la maison et la voiture) et le désespoir de l’autre, le réalisateur de l’excellent Juno signe un film bien plus sombre et cruel que Twixt mais dont la morale s’en rapproche étrangement.

Mavis ne réussit pas à reconquérir son amant et finit par se déconsidérer complètement aux yeux de ses anciens camarades de lycée mais elle est finalement la gagnante de ce jeu de dupes. Ses démêlés sentimentaux chez les péquenauds lui donnent l’inspiration nécessaire pour terminer son roman. Si dans un ultime accès de rage, agacée par le contentement béat des habitants de sa ville natale, elle s’interrogeait sur son incapacité à ressentir des sentiments, c’est pourtant elle, la reine des psycho bitch , qui semble vraiment jouir de la vie en s’appropriant, sur papier, celle des autres, vulgaires marionnettes.

Twixt et Young Adult, contes noirs sur les affres et bonheurs de la création? à voir…

PS: à souligner, les Teenage Fanclub dans la bande-son de Young Adult, ça rappellera des souvenirs à beaucoup!

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