Walk Away Renée

Le lien mère-fils est au cœur du film, avec par certains côtés un aspect oedipien assumé. Jonathan Caouette joue le rôle d’un fils attentionné mais quelque peu dépassé par les événements, qui tente de gérer tant bien que mal ce retour chaotique à New York, où l’attendent Adolph Davis, son ami, et Joshua, leur fils.

Walk Away Renée est un voyage à travers les Etats-Unis, mais également un voyage dans le passé. Instrospection musicale et imagée, le film nous propose un étonnant périple. Il explore aussi bien l’Amérique que le passé d’une famille, se focalisant sur le lien mère-fils, symbolisé par l’insertion hasardeuse d’un documentaire sur les univers parallèles. Jonathan Caouette fait le bilan du chemin parcouru dans une sorte de conclusion à Tarnation. Malheureusement, ce Tarnation II n’est pas à la hauteur du premier : moins inventif sur le montage, la mise en scène transparaît trop pour un documentaire qui veut pourtant se détacher de son auteur. Autant désirer l’impossible : Jonathan Caouette axe son film sur la relation particulière qu’il entretient avec sa propre mère. Il filme en quelques sortes le cordon ombilical qui les relie, et qui n’a jamais vraiment été coupé. Or, cette relation était déjà au cœur de Tarnation ; mais la réussite du film tenait à ce qu’elle transparaissait dans tous les plans sans pour autant être mise au premier plan. Il tente de prendre plus de recul sur un film dont il est plus proche : cette fois, il n’est plus derrière la caméra mais devant, et c’est sa propre relation avec sa mère qu’il met en scène. Or, Jonathan Caouette semble se dédouaner de toute réalisation ; des titres viennent ponctuer le film et raconter l’histoire de Renée, titres dans lesquels il se désigne à la troisième personne. Le Je aurait été de mise, et aurait du porter le côté autobiographique. Le spectateur est peu à l’aise face à ce documentaire qui relève tout autant de la fiction ; les procédés dramatiques employés sont un peu grossiers (Renée a perdu ses médicaments, et aucun médecin ne peut lui en prescrire avant plusieurs semaines).

Cependant, une certaine poésie, emprunte de nostalgie, se dégage du film. Les plans tournés en Super 8 participent de cet onirisme mélancolique, et la musique, quasi-omniprésente, achève la création d’un univers tout particulier au cinéaste. Les vieilles photographies qui témoignent de la beauté désormais fanée de Renée viennent amplifier sa fragilité actuelle. Jonathan Caouette parvient à transcrire dans sa mise en scène la patience nécessaire à cette relation tumultueuse. Il organise le chaos ambiant, met en scène le désordre régnant selon sa propre logique. Walk Away Renée, dans la lignée de Tarnation, est moins réussi que son prédécesseur ; mais le film confirme cependant la capacité de l’auteur à figurer son intimité, et à nous inviter à s’y perdre, embarqué que nous sommes sur les flots de ses souvenirs.

Date de sortie : 2 mai 2012
Durée : 1h 30min
Réalisé par Jonathan Caouette
Avec Jonathan Caouette, Renée LeBlanc, Joshua Caouette, Zoe Emre Dahan…

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