Cinéma et handicap

Le festival Un autre regard qui s’est tenu à Saint Gilles Croix de Vie en Vendée du 29 au 31 mars 2012 se proposait de réfléchir à la place des individus en situation de handicap dans notre société mais aussi à leur visibilité sur nos écrans.

Le festival offrait aux spectateurs la possibilité de partir à la découverte d’univers intimes méconnus ou de véritables cultures construites autour de l’expérience du handicap.

La programmation, très riche, faisait la part belle aux avant-premières. On retiendra celle du film réalisé par Oren Kaplan, The Hammer qui met en scène le récit autobiographique de Matt Hamill , champion américain de lutte gréco-romaine atteint de surdité.

Les festivaliers ont également été séduits par des comédies décomplexées comme Hasta La Vista de Geoffrey Enthoven qui raconte la virée de plusieurs copains vierges, bien décidés à connaître les joies de l’amour et du sexe lors d’un séjour en Espagne.

De nombreux documentaires permettaient au public de se familiariser avec le combat quotidien de personnes confrontées à des difficultés d’intégration ou d’accessibilité. Le prix du public a d’ailleurs été décerné à Emmanuel Finkiel pour son documentaire Je suis , réalisé dans un centre d’accueil et traitement pour traumatisés crâniens.

Le festival a également mis à l’honneur plusieurs films retraçant des destins hors du commun de personnes ayant réussi à faire de leur handicap une force. Les spectateurs ont ainsi pu voir pour la première fois ou redécouvrir le documentaire consacré au fantastique musicien de jazz Michel Petrucciani , réalisé par Michael Radford et sorti sur nos écrans en 2011 ou bien Le Discours d’un Roi de Tom Hooper à propos du bégaiement du roi Georges VI.

Au-delà de la projection de films mettant en scène le quotidien de personnes confrontées au handicap, le festival Un Autre Regard, organisé par l’association Retour d’Image , souhaitait interpeller l’industrie cinématographique et les institutions culturelles sur la présence et la place des personnes en situation de handicap sur nos écrans et dans nos salles de cinéma.

La marraine de cette première édition, Sophie Vouzelaud , actrice sourde que l’on a pu voir dans la comédie L’amour, c’est mieux à deux , aux côtés de Virginie Efira , est revenue à de nombreuses reprises sur la nécessité d’intégrer davantage de personnes dites handicapées à des réalisations cinématographiques.

Diane Maroger et Sophie Vouzelaud.
copyright Nausica Zaballos

Lors de la conférence de presse précédant le lancement du festival qui s’était tenue au Ministère de la Culture en présence des Ministres Roselyne Bachelot et Frédéric Mitterand, la jeune femme a livré un vibrant plaidoyer pour la mixité au sein des équipes de production cinématographiques: « Mon rêve, depuis toute petite, c’était d’être comédienne (…) Ce que je remarquais, quand j’allais au cinéma, c’est que très peu de sourds y figuraient. Néanmoins, en grandissant, j’ai gardé cette envie et ce désir de jouer la comédie (…) et en rencontrant un réalisateur qui m’a proposé un rôle, j’ai eu du mal à croire à sa proposition mais c’était vrai, ça m’arrivait! »

Roselyne Bachelot, Frédéric Mitterand et Diane Maroger.
copyright Nausica Zaballos

Diane Maroger, directrice du développement et de la production chez Retour d’Image, a appelé les réalisateurs à donner des premiers rôles aux acteurs sourds ou atteints d’autres handicaps: « Ils ne doivent pas être uniquement des figurants (…) Il faut qu’on parle de la visibilité quotidienne de ces personnes (…) Il ne faut pas que le cinéma fasse abstraction de choses que l’on ne rêverait pas de voir. »

Dans son ouvrage L’Écran sourd , Guy Jouannet, éducateur à l’Institut national des Jeunes Sourds (INJS) de Saint-Jacques, écrit que la figure du sourd a longtemps été absente des écrans, jugée peut-être moins cinématographique que l’aveugle ou l’estropié: « Si le cinéma regorge de corps brisés, d’invalides de guerre, de paralysés, d’amnésiques, d’autistes et d’aveugles, le sourd a semblé longtemps être le personnage invisible de la création audiovisuelle. En fait son image a souvent été malmenée et déformée. Opprimé par la dictature de l’oral et du verbal, le sourd reste l’inconnu. II fallait bien
un jour ou l’autre déchirer le voile opaque qui l’entoure et le protège à la fois…Plus encore que d’autres minorités ethniques, raciales ou sexuelles, plus encore également que d’autres catégories de personnes « handicapées » (voir la floraison d’aveugles ou de déments dans ta création artistique), le sourd est demeuré longtemps la bête rare, l’homme inachevé. Il n’est jamais venu au chercheur l’idée d’associer surdité et audiovisuel. » (page 3)

Le lancement du festival et les rencontres professionnelles organisées parallèlement aux projections ont été l’occasion d’évoquer les efforts que doivent encore réaliser de nombreux exploitants de salles noires afin que leurs établissements puissent être accessibles à tous. L’ accessibilité doit être universelle et ne pas demeurer un engagement vain. Selon les responsables du festival, la mixité des publics contribue à l’enrichissement de la culture cinématographique et visuelle. Le spectateur qui n’est pas en situation de handicap doit davantage se familiariser avec les techniques d’audio-description , de langue des signes, de mono sous-titrage (VSM)… Tout spectateur devrait être invité à participer aux expériences d’audio-description pour appréhender le cinéma d’une autre manière.

C’est chose faite à travers le festival de Saint Gilles Croix de Vie mais aussi grâce au festival Cinéma Latino qui, avec l’opération « Tous au SIGNEMA »avait prévu plusieurs rendez-vous en Langue des Signes (rencontres avec des réalisateurs, cérémonies officielles…). Parmi les films primés au festival Cinelatino de Toulouse, on notera aussi la présence de Una Vida Sin Palabras , meilleur documentaire qui raconte l’arrivée au sein d’une ferme perdue dans les montagnes du Nicaragua, d’une enseignante sourde qui va apprendre à deux enfants la langue des signes.

Festival Un autre regard Bande annonce from Un Autre Regard on Vimeo.

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One Response to "Cinéma et handicap"

  1. Jacqueline de Carbon says:

    Il n’y a pas que ces handicapés là mais aussi les épileptiques, les diabétiques ou d’autres qui peuvent faire des crises.

    On ne parle guère d’eux et on ne montre jamais leurs crises ou leurs malaises, ce qui permettrait aux gens de savoir, de ne pas craindre et d’aider s’il y a lieu et donc d’aimer sans craindre même s’ils sont différents.

    En plus ils sont discriminés dans bien des domaines y compris les recrutements mais on ne parle jamais de cela.

    Bien à vous. Jacqueline de Carbon

    Répondre

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