Colonel Blimp

Powell et Pressburger avaient entamé leur collaboration en tournant quelques films de propagande pour l’armée anglaise. Celui-ci sortit en 1943, en plein conflit. Il n’eut pas l’agrément des ministères de la Guerre et de l’Information, nécessaire aux deux auteurs pour, à la fois, disposer d’uniformes et de véhicules, et à la fois, démobiliser Laurence Olivier, alors pilote, qui devait jouer le rôle principal. C’est que la propagande est sans demi-mesure, et ce film, s’il est parcouru d’un réel sentiment patriotique, est bien trop équivoque.

Initialement, le Colonel Blimp est un personnage caricatural créé par David Low ; c’est un vieux militaire sûr de ses avis et en même temps hors de la réalité. Bertrand Tavernier écrira « tourner en pleine guerre un film, en principe de propagande, dont le héros est un officier anglais peu intelligent, brave mais borné, qui se trompe tout le temps et dont les supérieurs ne sont guère plus lucides, baser tous les rebondissements de scénario sur les erreurs, l’aveuglement de ce personnage, souvent en retard sur l’Histoire… témoigne d’une incroyable liberté d’esprit »* Il y a de l’aplomb, oui.
Colonel Blimp n’est cependant pas un film anti-militariste, loin s’en faut. L’armée anglaise y est plus noble que jamais, nettement idéalisée ; le camps de prisonnier, s’il n’y avait des barbelés pour rappeler sa nature, passerait pour une agréable retraite de campagne ou une garden party ; l’ennemi est odieux, fourbe et doit être vaincu.

Paradoxalement, Blimp, censé représenter la hiérarchie militaire, prostrée dans ses principes et ses valeurs, est, dans le film, un marginal. Il est la vieille garde qui n’a plus d’autorité et qui se fait des gloires de faits dont tout le monde a perdu le souvenir. Une allocution radiophonique qu’il doit donner est annulée parce que ses opinions sur la guerre ne sont pas en phase avec leur temps. De fait, il n’y a plus vraiment de dénonciation dans le film; Blimp, contrairement à ce qu’on a pu penser, n’est pas Churchill, c’est un mis à l’écart.

Blimp chez Low est ridicule; chez Powell et Pressburger, il a une désuétude british touchante. Churchill avait peur que ce film décourage les troupes. Ce que le film dit c’est que les anglais sont bien trop gentlemen en tout, y compris dans la guerre. Ca les rend faibles. D’une façon amusante, en contrepoint de ce que le film dénonce, le ministère de la Guerre ne l’a pas interdit  : il est resté fairplay.

Si Powell et Pressburger charrient Blimp, ils lui ont, surtout aussi, apporté une épaisseur humaine, absente – forcément – des caricatures de Low. Qu’on considère simplement l’histoire de la moustache : chez Low, c’est ce qui caractérise son allure ronflante, son orgueil british, chez Powell et Pressburger, elle dissimule une cicatrice. Derrière la fierté, il y a une blessure.

Le film, par ailleurs, conte une histoire d’amour. Clive Candy, puisqu’en fait il n’y a pas de Blimp – Blimp n’est que l’ultime incarnation du personnage – passe à coté de l’amour de sa vie. Pourquoi ? Parce que, là encore, il a été trop fairplay avec son rival. Et il est si gentleman et bon bougre qu’il ne s’en rend même pas compte. Cette histoire se comprend en parallèle du discours sur la guerre ; le fairplay c’est la défaite. Constat amer mais qui rend d’autant plus attachant le personnage principal.

Derrière le général, idéaliste et parfois inconséquent, il y a un homme d’une loyauté et d’une honnêteté sidérantes. Theo Kretschmar-Schuldorff – joué par Anton Walbrook, un habitué de Powell et Pressburger – l’officier allemand qui lui ravit la fille qu’il aime et qui est son rival dans les tranchées, bien plus lucide, est finalement confondu lui aussi, et ému même, par la droiture de son ami.

Faux film de propagande donc, qui hésite entre la nostalgie et la satire, plein d’humour, Colonel Blimp était le film que Pressburger préférait parmi tous ceux qu’il avait co-réalisé avec Michael Powell.

Titre : The Life and Death Of Colonel Blimp

Réalisation : Michael Powell et Emeric Pressburger

Interprétation : Roger Livesey, Deborah Kerr, Anton Walbrook

Sortie originale : 1943

Date de ressortie : 04 avril 2012

Distribution : Carlotta Films

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**