El Ultimo Elvis d’Armando Bo

Quelques mesures de la symphonie du Nouveau Monde pour saluer l’apparition d’un king… Les images inaugurales du film El Ultimo Elvis annonce d’emblée le lyrisme du destin tragique qui va se jouer devant les yeux du spectateur. Malgré le potentiel comique du sujet mis en scène (le quotidien d’un double d’Elvis) et le kitch des décors de soirées où se produit le personnage principal, El Ultimo Elvis est un drame poignant qui, sans jamais se départir du ton léger de la comédie, tente de répondre à une question principale : « Jusqu’où peut-on aller pour vivre ses rêves ? » Dépeignant un phénomène assez répandu en Argentine (la prolifération de sosies de célébrités), El Ultimo Elvis ne se contente pas de documenter la vie de ces chanteurs qui préfèrent s’oublier eux-mêmes pour incarner un autre mythifié.

Dès les premières minutes, la solitude et la tristesse du personnage principal sont palpables. Au milieu de sosies de Britney, de Cher, Carlos Gutiérrez-Elvis rétorque à un Iggy Pop se plaignant de ne plus faire salle comble : « J’ai inventé le rock’n roll. Je n’ai jamais arrêté d’être à la mode » S’interrogeant sur la quête de célébrité de certaines personnes, le réalisateur Armando Bo (petit fils d’Armando Bo, réalisateur du même nom connu pour ses productions érotiques des années 1960 et 1970 en Argentine) brosse un portrait psychologique d’un homme à la dérive, prêt à tout pour incarner celui qui donne un sens à sa vie. Sa soif de reconnaissance se heurte à l’incompréhension de son entourage, las de tant d’Elvis mania.

La première partie du long-métrage décrit avec un humour ravageur l’obsession dévorante que le personnage principal nourrit pour son idole. Le chanteur ne se contente pas d’interpréter les succès du rocker. Il vit Elvis. Il a construit sa vie pour qu’elle reflète, en tous points celle d’Elvis. Il a épousé une Priscilla dont il s’est séparé. Sa fille s’appelle Lisa Marie. Il lui offre un perroquet dressé pour crier le nom Elvis. Il aimerait qu’elle se nourrisse de sandwich au beurre de cacahouète comme le faisait la fille du king . Il se force à prendre du poids pour ressembler à son maître au même âge que lui. Sa vie semble égrenée au rythme de ses prestations dans les discothèques, soirées privées ou maisons de retraites… Un incident (Priscilla et Lisa-Marie sont victimes d’un grave accident de voiture) va venir rouiller la mécanique bien huilée et convaincre Carlos de vivre son rêve jusqu’au bout.

La deuxième partie du film dépeint comment Carlos renoue les liens avec sa fille et réussit à se faire aimer d’elle. Alors que Priscilla est plongée dans le coma, Carlos s’occupe de Lisa-Marie. La mise en scène de cette relation père-fille offre au film ses plus beaux moments. L’action se resserrant sur le domicile de Carlos, sa voiture et l’hôpital, on y voit un artiste encombré d’une petite fille qui semble complètement hermétique à son monde.

Pourtant, peu à peu, Lisa-Marie va se laisser toucher par ce père pas comme les autres et finir par nourrir une grande admiration à son égard. Il y a de quoi, tant les qualités de chanteur de l’acteur interprétant Elvis sont remarquables. En dehors des plateaux de cinéma, John McInerny reprend, avec son groupe qu’on peut aussi voir dans le film, les standards du king . C’est ainsi qu’il s’est d’ailleurs fait connaître d’Armando Bo qui fut emballé par plusieurs de ses reprises.

Portant quasiment tout le film sur ses épaules, l’acteur délivre une performance magistrale, très naturelle et sans jamais sombrer dans la caricature. Les dernières minutes d’ El Ultimo Elvis , entre rêve et réalité, constituent une pirouette scénaristique intrigante, entraînant le spectateur là où il ne pensait pas arriver. La fièvre et la révolte font place à une agréable torpeur, le rythme se fait plus lent, serein. Un happy-end semble se profiler : Carlos a retrouvé grâce auprès de son ex-femme, sa petite fille lui a témoigné gratitude et affection. Il est prêt à entrer dans la légende et le film avec.

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