En direct des Rendez-vous du Cinéma Québécois

La semaine du festival RVCQ a été marquée par l’agitation estudiantine contre les mesures du gouvernement québécois visant à augmenter les frais de scolarité…De nombreux films et documentaires ont reflété les mutations qui, ces dernières années, ont contribué à engendrer de multiples peurs affectant toutes les classes d’âge de la société. Débâcle des souverainistes, fermeture des hôpitaux, accroissement des inégalités sociales, recherche de reconnaissance par les autochtones, errance d’une jeunesse en proie à la prostitution et aux drogues dures, questionnements identitaires autour de la nécessité de préserver une culture francophone au milieu d’une communauté anglophone plus prospère et en pleine expansion…

Parmi le foisonnement de productions québécoises représentées au RVCQ, plusieurs ont attiré notre attention. Commençons par Enfin l’automne , film auto-produit qui avant d’être diffusé sur grand écran, en salle, était disponible sur Internet en libre visionnement, sur Youtube . Chronique douce-amère sur un trio amoureux de trentenaires un peu déboussolés, Enfin l’automne bénéficie d’une magnifique photographie accompagnée d’une bande-son très originale qui rythme les atermoiements de personnages à la dérive et met à l’honneur de nombreux représentants de la scène électronique ou ambiant (Misteur Valaire, Timber Timbre, Ricky Eat Acid, Magic Man, Foxes in Fiction et Optimist Park). Si revisiter Jules et Jim à la sauce montréalaise ne permet pas au réalisateur Patrick Boivin d’accoucher d’un bon scenario, on saluera néanmoins sa manière très personnelle de mettre en scène l’amitié masculine et on appréciera sa tendresse réelle pour des personnages de citadins bien de notre temps.

Le film en ligne:
[http://www.youtube.com/watch?v=yTfNtr-jyF4->http://www.youtube.com/watch?v=yTfNtr-jyF4]

Dans un autre genre, on retiendra French Kiss , comédie à la Jeunet qui, elle aussi, met en scène une rencontre amoureuse. L’énormité de la situation, un serial dragueur lassé des conquêtes faciles tombe fou amoureux d’une bibliothécaire romantique un peu cruche, ne nuit en rien à l’intrigue et contribue aux nombreux effets comiques. Des personnages un peu caricaturaux pour une comédie sans prétention qui assume sa dimension de film familial grand public, French Kiss , réalisé par Sylvain Archambault réjouira les nombreux amateurs de contes de fée avec happy end prévisible.

Pour une plongée en eaux troubles, on conseille Décharge , film choc du réalisateur Benoît Pilon qui s’était précédemment illustré avec des documentaires remarqués ( Roger Toupin épicier variétés ).

A travers la descente aux enfers d’un jeune entrepreneur qui s’est pris d’affection pour une prostituée héroïnomane, Benoît Pilon s’intéresse aux effets dévastateurs de la culpabilité et des regrets. Pierre ( David Boutin ) est un ancien toxicomane qui croît s’être affranchi de son passé en épousant la jeune et belle psychologue d’origine grecque responsable de son sauvetage. Père de trois beaux enfants, patron d’une entreprise de nettoyage florissante, apprécié par ses employés, il se retrouve bientôt face à face avec un passé qu’il a en vain tenté de refouler grâce au sport, au travail et aux valeurs familiales.

Les vieux démons de Pierre vont s’incarner dans les traits abîmés mais encore plein de candeur d’Ève ( Sophie Desmarais ), une jeune junkie prête à tout pour conserver l’amour de son souteneur. Le film pâtit d’une intrigue qui se perd dans l’exploration de pistes scénaristiques non abouties : une famille d’immigrants grecs qui, ayant fait fortune au Québec, stigmatisent l’ex-toxicomane reconverti dans le traitement des déchets, un mac –à lui seul, condensé de tous les clichés sur les représentants de gangs de rue- qui garde jalousement sa prostituée-propriété…Le réalisateur aurait peut-être dû resserrer son scenario autour de la relation trouble unissant l’ancien drogué et sa jeune protégée, miroir de sa sœur morte d’overdose…Au lieu de se perdre dans des caractérisations trop superficielles (les discussions entre Pierre et son épouse sonnent faux), Benoît Pilon avait tout intérêt à développer les métaphores de la contamination et du recyclage… A travers les compositions émouvantes de David Boutin et Sophie Desmarais , le réalisateur parvient à filmer des moments d’une rare poésie contrastant avec la mise en scène violente et sans concession d’une société qui oublie malheureusement sa part de responsabilité dans la production de déchets humains ou matériels qu’elle s’évertue à recycler ou faire disparaître.

D’autres films projetés au RVCQ ont tenté avec moins de bonheur que Décharge de mettre en lumière un certain malaise montréalais. C’est le cas de Good neighbours , thriller aux débuts prometteurs qui vire malheureusement à la farce grand-guignolesque dans ses dernières minutes.

Le coup de coeur de Cinemapolis est le film de la jeune réalisatrice Tara Johns: The Year Dolly Parton Was My Mum . On aimerait le voir distribué en France. Un magnifique film sur l’adolescence et la maternité, une très belle découverte…

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