La mémoire dans la chair, de Dominique Maillet

« La mémoire dans la chair »… s’il est vrai que ce retour aux sources est un voyage intérieur pour le personnage, qui va devoir chercher des souvenirs – personnels tout autant qu’historiques – au plus profond de ses entrailles, c’est également dans la chair des femmes du village qu’il va chercher des réponses aux lacunes du souvenir.

Nieves symbolise (jusqu’au cliché) la jeunesse, et Natalia, l’autre jeune femme, passe son temps à étudier l’histoire du pays dans les bibliothèques. L’idée est intéressante, mais Dominique Maillet l’épuise en l’exploitant à outrance. Le film tourne autour de ces femmes et du désir que Thomas ressent pour elles, symbolisant le désir de vérité de l’histoire de son village et de son pays.

Le film trouve dans les métaphores ses propres limites; étouffé par tant d’allusions au folklore espagnol, il met en scène une actualisation des traditions espagnoles parfois ridicule. La séquence dans laquelle Thomas se met à jouer les toréros avec sa veste en prenant voitures pour taureaux ressemble bien à une « fausse bonne idée », les traditions participant de l’identité de l’Espagne n’étant pas mises dans la perspective du film. En effet, si le film se veut questionnement sur l’identité d’un pays et d’un personnage, il n’interroge à aucun moment les traditions qui l’ont construit; il se contente de les évoquer, parfois à des moments peu propices.

D’autres symboles viennent alourdir la narration; La mémoire dans la chair reprend les clichés et les codes des nombreux films dénonçant le nazisme, le tout servi à la sauce franquiste. On retrouve d’ailleurs la statuette d’un aigle en bronze, symbole de la puissance nazie, sur le bureau de Manrique, partisan de Franco, personnage peu nuancé, tout en stéréotypes et ressemblant étrangement à un dignitaire du parti nazi.

Le film est soutenu par Sergio Peris-Mencheta et Feodor Atkine dont la finesse de jeu souligne d’autant plus la maladresse des actrices, surtout celle de Julia Molkhou , qui joue le personnage de Nieves. Son personnage donne l’impression que la jeune actrice compte davantage sur sa beauté que sur sa performance pour donner corps et vie à son personnage.

Remarquons cependant le travail d’ Emmanuel Machuel , qui rend, au moins plastiquement, le film intéressant. Le chef opérateur parvient à donner une texture et une profondeur à l’image, notamment dans le bureau du partisan franquiste, par de très beaux jeux d’ombres et de lumières. Les plans sur le taureau enfermé sont également très réussis, même si narrativement, ils alourdissent encore le récit. Métaphore supplémentaire, le taureau symbolise à la fois Thomas et l’Espagne, étant enfermé dans son box comme Thomas dans son passé et l’Espagne prisonnière de la dictature franquiste.

La mémoire dans la chair pose la question de la patrie et de l’identité, ce qui amène le réalisateur à une narration non-linéaire ; le retour de Thomas nous est montré à deux reprises, présentant un personnage différent, plus radical et brutal, la seconde fois. Dominique Maillet laisse la frontière entre rêve, souvenirs et réalité assez floue.

Ce film étrangement figé et statique, qu’il considère pourtant comme un road-trip au gré des souvenirs et de l’Histoire, nous perd en chemin.

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