L’oeil de l’astronome

S’éloignant des chemins convenus de l’hagiographie ou du film costumé d’époque, Stan Neumann signe une fresque en clair-obscur, tournée entièrement de nuit à la lumière des chandelles. Le réalisateur a opté pour la mise en scène d’un épisode court dans l’existence de Kepler. Le spectateur est transporté en 1610, à la cour de l’Empereur Rodolphe, où il va être témoin des observations réalisées par l’astronome pendant 10 nuits avec la lunette de Galilée.

Le rythme est lent, délibérément. La Science de Kepler suscite de nombreuses interrogations à la cour et dans les chaumières des villageois des alentours mais l’astronome prend son temps pour apprivoiser son nouvel outil de recherche…Il y est bien obligé car son travail est souvent interrompu par des visiteurs nocturnes, nobles ou inquisiteurs aussi inquiétants que les témoignages de sorcellerie qui se succèdent à l’écran, filmés en plan fixe.

Liberté historique prise par le réalisateur puisque le procès en sorcellerie de la mère de Kepler intervient deux ans après les travaux réalisés avec la lunette de Galilée. Resserrant donc le récit historique, Stan Neuman entoure son Kepler de nombreux personnages. Sur les toits du Palais, les courtisans s’extasient devant les étoiles et les expériences d’optique, ou complotent contre l’Empereur et son astronome favori.

A travers la description des travaux réalisés par Kepler, Stan Neumann ne nous donne pas uniquement à saisir des bribes de sciences, il met aussi en scène un Empire partagé entre la soif de connaissances scientifiques et la fascination pour l’ésotérisme et la sorcellerie. Si l’Empereur Rodolphe II est un mécène pour l’astronome, c’est surtout pour percer dans les planètes les secrets de sa destinée.

Or, la leçon cinématographique de L’oeil de l’astronome, film visuellement si abouti qu’il fait penser aux tableaux du Caravage, autre artiste protégé par l’Empereur du Saint-Empire, est d’oser un subtil plaidoyer pour les Sciences. Celles-ci n’offrent pas toujours à l’homme l’entière maîtrise de son environnement…Le désir de contrôle absolu entraîne le regard vers les ténèbres mais la curiosité et l’acceptation des limites, incarnées par un Kepler mal-voyant, conduisent au rêve et à la liberté…

Un très beau film, à réserver néanmoins à un public de cinéphiles avertis…

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