El Chino

Des murmures d’étonnements parcourent la salle dès le début du film ; les dialogues de la séquence d’ouverture ne sont pas sous-titrés. Un couple de chinois s’apprête à célébrer ses fiançailles sur une barque dérivant au fil de l’eau, quand soudain, une vache s’abat sur l’embarcation. Les murmures se font alors sourires, puis rires ; El Chino manie avec beaucoup de finesse l’humour et l’ironie, le drame et la tragédie, l’absurdité et l’incongruité. Un cocktail explosif, qui passe par tous les poncifs en relevant pourtant le défi de nous faire sourire à chacun de ces passages.

Cette séquence d’ouverture contient les principaux thèmes qui vont évoluer tout au long du film : la différence, l’incompréhension, la confrontation à l’Autre et l’Inconnu, l’absurdité de la vie, et l’amour, qui peut-être, parviendra à adoucir ces sentiments, et donner des réponses et des raisons à ce qui paraissait vide et dénué de sens.
Le film accompagne la lente et laborieuse évolution de Roberto ; comment cet homme renfrogné, grognon et solitaire parvient-il à héberger Jun, avec qui il ne peut communiquer ? Pourtant, c’est précisément cette impossible communication qui permet à Roberto de supporter – certes, de plus en plus difficilement – son pensionnaire.

Récit d’une initiation, celle de la vie, El Chino peut être assimilé à un conte profondément humaniste, sans toutefois devenir utopiste. Le film nous montre un Buenos Aires vu à travers le regard d’un homme solitaire et peu sociable, et la dominante ocre des images déconnecte la ville de sa réalité. Sebastián Borensztein nous embarque, le temps d’un film, pour un conte dramatique frôlant le merveilleux, ponctué de pointes d’humour et d’ironie parfois acerbe. Les référents de la réalité s’estompent, à l’image du plan suivant le titre du film, qui fait un tour à 180° sur lui-même, le ciel devenant sol et vice-versa. Les repères sont brouillés ; le cinéaste demande à son spectateur de lâcher prise pour mieux comprendre, dans un second temps, la réalité. C’est parfois par la métaphore qu’éclot la vérité ; pour que Roberto parvienne à comprendre ses sentiments, il lui faudra vivre une rencontre hors du commun.

Pendant que Jun attend son oncle comme Vladimir et Estragon attendent Godot , Roberto tente tant bien que mal de conserver son quotidien bien ordonné. Chaque soir, il épluche les journaux et découpe avec l’application d’un enfant les articles les plus absurdes. Puis il se met en scène dans des tableaux qui reprennent le scénario de l’article. L’absurde, l’incongru et l’aléatoire font ainsi partie de son quotidien si structuré.

Comme dans tout conte, la fin est esquissée dès le début ; de ce fait, une certaine longueur s’installe lors du développement qui en vient à tourner un peu en rond, le spectateur ayant compris la démarche et son aboutissement. D’un autre côté, ces longueurs illustrent bien la manière dont Roberto et Jun vivent cette cohabitation forcée qui se prolonge un peu trop.

Ce récit prône donc des valeurs universelles, mais prend un sens tout particulier avec l’arrière-plan historique de l’Argentine. La guerre – ici, celle des Malouines – est considérée comme le summum de l’absurdité de la vie. Mais le thème de l’incongruité de la réalité trouve son origine dans la chute de la vache sur la jeune fiancée chinoise ; suffisamment original pour être remarqué et apprécié, ce point de départ donne le ton au film. On aurait peut être préféré que le cinéaste évite quelques clichés pour suivre davantage la voie du comique de l’absurde. En effet, Sebastián Borensztein , pour son troisième film, s’est décidé à passer à la comédie ; défi en parti relevé, puisqu’il passe par toute une série de poncifs et clichés, tout en arrivant toutefois à nous faire sourire, parfois rire. Malgré ces stéréotypes, il nous conte cependant une belle histoire entre deux personnages perdus, murés dans l’incompréhension et la solitude, qui vont retrouver le sens de la vie et de l’amour grâce à une cohabitation forcée.

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**