Flamenco Flamenco, Carlos Saura

Après une séquence inaugurale reprenant un poème de Frederico Gracia Lorca, Sara Baras offre au spectateur une performance qui met en valeur sa technique exceptionnelle…Derrière elle, un décor de ciel rougeoyant, c’est le lever du jour. Jusqu’au lendemain matin, plusieurs interprètes et danseurs vont se succéder, dans des styles différents qui montrent toute la richesse du flamenco actuel.

On retiendra ainsi la poésie d’ Israel Galvan , pierrot lunaire, tout de blanc vêtu qui derrière des paravents japonisants livre un étrange pas de deux avec sa propre ombre. Quelques taconeados viennent rappeler que le danseur contorsionniste est issu du milieu flamenco mais on est transporté dans un ailleurs mystérieux, loin des caves de l’ albaicin de Grenade ou du quartier de Triana à Séville, hauts lieux du flamenco andalou…

Quelques bulerias réunissant plusieurs générations de gitans rappellent que le flamenco a longtemps été une affaire de famille. Le morceau de bravoure de El Carpeta , 13 ans, montre également que l’on commence à danser dès le berceau. Enfin, la prestation de Farruquito sur fond de djembé dans Lluvia de Illusion prouve que le flamenco a su tirer profit de la world music pour enrichir son orchestration d’autres instruments… La présence de Diego Amador et David Dorantes , deux représentants du piano flamenco, illustre comment l’ajout de nouveaux instruments peut donner naissance à des sous-genres à part entière.

D’une scène à l’autre, le spectateur est transporté dans des univers musicaux différents, pourtant tous rattachés au flamenco. Le travail réalisé par Vittorio Storaro , directeur photo de Coppola et Bertolucci, confère aux décors une touche de féérie ultra-stylisée. Pourtant, malgré cette débauche de beauté musicale et visuelle, le film peine, me semble-t-il, à susciter l’émotion viscérale du flamenco, celle qui prend aux tripes, et reflète el duende , cette folie du danseur passionné, souvent plein de rage et désespoir, pris dans un combat avec lui-même…

L’esthétique du film finit par engoncer les troupes flamencas dans des costumes qui ne leur siéent pas vraiment. Trop beaux, parfois trop lisses, trop techniques, les danseurs nous apparaissent comme d’excellents performers , à l’américaine. Heureusement, les séquences consacrées à Estrella Morente , Miguel Poveda et Eva la Yerba Buena (tous deux filmés sous la pluie) viennent rappeler que le style importe peu pourvu qu’on ait l’ivresse.

Au final, Flamenco flamenco semble un peu victime de sa double exigence: montrer l’évolution d’une culture à travers une sélection de groupes aux parcours et univers très divergents tout en signifiant le désir de rendre hommage à la tradition à travers une série d’artefacts si traditionnels (les affiches représentants des chanteuses de copla d’antan, les tableaux hispanisants, les robes à poids) qu’ils en deviennent superfétatoires et parfois encombrants.

Malgré tout, pour ceux qui ne connaîtraient rien au flamenco, la pléthore d’artistes réunis dans Flamenco Flamenco peut constituer une bonne introduction à cet univers musical en pleine évolution…

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