L’Empire des Rastelli, avt-première, cinéma ABC Toulouse, 11 décembre

Le film est construit sur un flash-back ; après une ouverture sur un premier plan mystérieux – une pelle retourne de la terre – le film file cette métaphore jusqu’à en donner l’explication dans le plan final. A l’image de cette pelle qui creuse, retourne, cherche à mettre au jour ce qui reste enfoui, Molaioli va décortiquer et exhumer, peu à peu, cette sombre histoire de krach financier. Avec un regard clinique et méthodique, il va tenter de comprendre la déchéance fatale et inexorable des dirigeants de l’entreprise de production de produits laitiers Leda.

Molaioli évite le piège du film social, qui ne ferait que dénoncer l’impasse économique vers laquelle nos sociétés se dirigent. Le film se construit au travers de portraits ; évitant ainsi tout manichéisme, Molaioli campe des personnages complets et complexes. Loin de composer des rôles hauts en couleurs, Amanzio, Ernesto et Filippo sont des protagonistes médiocres, menant une vie terne et grise de petit employé. Leurs visages blafards, éclairés indirectement par les lugubres lampes de leurs bureaux, sont à l’image de leur quotidien.

Pourtant, ces « petits employés » sont à la tête d’une société internationale de produits laitiers, et vont se retrouver principaux acteurs au sein de l’une des plus grandes arnaques internationales. Le film s’attache à rendre compte de la chute d’un homme dans un univers corrompu ; comment Amanzio Rastelli, d’abord présenté comme un petit patron ayant hérité d’une entreprise familiale, de valeurs et d’une certaine éthique, en arrive-t-il à falsifier des comptes pour garder l’illusion et l’apparence de diriger une entreprise florissante ?

Le film scrute et examine le parcours de cet homme, qui commence par refuser la vente de son entreprise aux américains au nom des valeurs familiales, et finit par fuir pays, collègues et amis pour échapper à une condamnation judiciaire. Le cinéaste réalise la chronique de la déchéance et la décadence d’un homme; à l’image du plan dans lequel Amanzio s’enfonce dans la neige en Russie, le blanchiment d’argent, la corruption et les falsifications auront raison de ses convictions et de son éthique. Comme l’illustre la faible profondeur de champ des plans, Amanzio et Ernesto se déconnectent peu à peu, malgré eux, de la réalité, et suivent le tourbillon insensé, implacable et impitoyable du système économique capitaliste.

Cette image se lit également à l’échelle du film ; creusant pour déterrer les bijoux cachés lors de la saisie judiciaire, ultime et vaine tentative des protagonistes désespérés, le film clarifie cette sombre histoire financière. Et si, tout au long du film, les bureaux des dirigeants sont systématiquement éclairés par leurs lampes, c’est enfin la lumière du jour qui inonde les locaux vides de l’entreprise dans les derniers plans. Cependant, la morale du film n’est pas si univoque; Molaioli a le mérite de questionner les causes de cette débâcle économique. Si les dirigeants sont désignés comme responsables de l’escroquerie, leur culpabilité est pourtant mise en question.

L’Empire des Rastelli est en réalité le portrait d’un homme pris dans les méandres du système capitaliste, qui ne parvient plus à maitriser les dérives de la société familiale dont il a hérité. Les personnages sont tour à tour victimes et coupables; Molaioli ne réalise pas seulement une chronique sur un krach financier, mais questionne le système capitaliste dans son ensemble, et l’espace de liberté et de choix qu’il restreint sans cesse, comme une peau de chagrin.

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