Drive de Nicolas Winding Refn

« Real human-being and a real hero… » Des mots simples sur la musique envoutante de College pour décrire un homme énigmatique, le Driver… Ryan Gosling habite chaque plan du magnifique film réalisé par Nicolas Winding Refn … Difficile de qualifier Drive : série Z pour ses irruptions de violence gore, portrait clinique d’un sociopathe se cachant sous le masque du justicier, hommage aux redresseurs de tort façon Inspecteur Harry , simple exercice de style ?

La réponse est certainement oui à toutes les questions précédentes. Le mystère reste pourtant entier. Tant mieux. Beaucoup de choses ont été dites ou écrites à propos de Drive, prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes. Si ce film intrigue et ne laisse pas indifférent, c’est avant tout pour sa réalisation maîtrisée. On attendait depuis très longtemps une œuvre cinématographique où tout, de la bande-son au travail réalisé par le directeur photo, participe d’un tel festin sensoriel pour le spectateur. La ville de Los Angeles, filmée de nuit, est magnifiée. La lumière qui irradie chaque élément du décor de la rencontre amoureuse semble percer à jour toutes les failles du Driver et de son amie. Mais, l’envoutement qui s’exerce sur le spectateur est celui d’une beauté froide, glacée, morbide à laquelle seule semble pouvoir répondre la fuite en avant, absurde, du héros principal…

Drive se joue des codes du film noir et mafieux (l’amour dangereux, la vengeance du fils, l’amitié sacrifiée, le héros solitaire embarqué dans une sale histoire) pour accoucher d’une œuvre qui lorgne davantage vers The Indian Runner de Sean Penn ou Psychose que les films de Michael Mann ou Clint Eastwood. De même, la comparaison avec Steve McQueen, semble réductrice et malvenue. Dès les premières images, la schizophrénie du futur chevalier blanc est suggérée. Cascadeur le jour, chauffeur de criminels dès la nuit tombée, le Driver aime manifestement mettre sa vie en danger. Et contrairement à ses employeurs, l’argent ne semble pas être sa motivation. Regard bleu argent, visage et points fermés, le personnage interprété par Ryan Gosling ne laisse jamais transparaître ses émotions. Homme-machine, le Driver possède son propre code d’honneur et mode opératoire auquel on ne saurait déroger : le casse doit être réalisé en 5 minutes, au-delà, le driver met les voiles abandonnant les bandits aux forces de police. Mais, la vie n’est pas une machinerie bien huilée à la précision d’une horlogerie suisse.

La vie sous contrôle du Driver bascule le jour où il tombe amoureux de sa voisine. Le mari latino de cette dernière vient d’être libéré et doit réaliser un ultime braquage, pour rembourser les « protecteurs » qui ont veillé sur lui en prison. Le driver décide de voler au secours de cette petite famille. Mal lui en prend, c’est un coup monté et rien ne tourne comme prévu. Contraint soit de fuir ou de tuer, le personnage interprété par Ryan Gosling choisit la deuxième voie.

Que ce soit dans un ascenseur, en compagnie de son amie, ou dans la loge de stripteaseuses, le Driver fait éclater toute la rage qu’il a emmagasinée en lui. La poésie amoureuse cède au glauque le plus total. Et la scène qui scelle la complicité du couple, réuni autour de l’enfant au bord des eaux usés du déversoir, est emblématique de ce voyage de dupes. Cette alternance de symboles antinomiques (le paysage champêtre, l’insalubrité du lieu) est caractéristique d’un film qui dérange et séduit à la fois. Rappelant l’univers visuel des écrits de Bret Easton Ellis ou Chuck Palahniuk , Drive met en scène l’entrée en violence d’un personnage au demeurant bien sous tous les rapports. Le Driver, incarnation du tout-contrôle, de l’anti-aspérité, du détachement cool finit par oublier son objectif premier (protéger une mère veuve et son enfant) pour s’abandonner à la seule émotion, la jouissance de tuer, qui permette de faire voler en éclat sa carapace… Son blouson impeccable et brillant, à la Scorpio Rising, se tâche de sang qu’il ne prend pas la peine de nettoyer.

Drive : un polar nihiliste, emblème d’une époque où les humains sont appelés à devenir des robots pour échapper à la folie ? En tout cas, un bon film à voir pour sa bande-son hypnotisante, le travail remarquable du directeur-photo Newton Thomas Sigel , de très bons acteurs pour les seconds rôles ( Ron Perlman , vu dans le Nom de la Rose, Albert Brooks …), un Ryan Gosling magnifique etc etc…

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