Les 3 Mousquetaires

Avançons déjà que le roman de Dumas n’est pas aussi facile à traduire au cinéma qu’on veut le croire. D’abord parce qu’il a été publié en feuilleton et qu’il est, en ça, constitué d’un certain nombre d’épisodes clos qui s’appellent, certes, les uns les autres, mais qui ont leur indépendance. Il faut trancher. En 2h de film, on n’aura pas les ferrets de la reine, le siège de La Rochelle, et l’emprisonnement de Milady sans trop y perdre ou manquer de rythme. Le premier épisode est souvent celui qui est préféré. Ce nouveau film qui, disons-le tout de suite, est très libre par rapport au texte original, n’y déroge pas. On ne lui en veut pas du reste. Voir les Mousquetaires aujourd’hui c’est accepter l’apport de Pirates des Caraïbes. Voyons quand même.

De quoi souffre le film – au-delà du caractère exagérément carnavalesque des costumes et des décors ? Il y a une simplification générale, dont l’objet n’est pas de rendre plus claire une histoire trop dense, mais de permettre un sur-cumul d’action. On écourte tout pour pouvoir faire plus. La transaction est à la fin peu rentable ; on ne ressent plus rien. Ajoutons que le sel des intrigues se dissout dans l’entente générale de chacun pour les complots d’autrui. C’est ainsi que pour les ferrets, à peine Richelieu expose-t-il son plan, qu’Anne d’Autriche vient le voir pour lui dire qu’elle sait. Elle sait, Buckingham sait, les mousquetaires savent, tout le monde est au courant à l’exception de ce pauvre Louis XIII, qui semble égaré du photoshoot de Ziggy Stardust. En conséquence de quoi, les mousquetaires partent exécuter une mission qui n’a de mystères pour personnes. Buckinghman les attend de pied ferme, Richelieu ne s’encombre même pas de tentatives d’assassinats dissimulées : ce sont ses gardes, en uniformes, qui partent en chasse des mousquetaires. Rappelons là que dans le roman, l’ennui est que c’est Richelieu qui sait ; qui sait que la Reine a fait cadeau de ses ferrets à Buckingham, qui ladite, par voie de fait, serait bien mal avisée à chercher à confondre le cardinal. Les mousquetaires partent en mission secrète sauver l’honneur de la reine, et si Richelieu lance bien à leur trousse quelques tueurs, ce n’est évidemment pas sous ses couleurs. Les mousquetaires et d’Artagnan restent les dévoués du roi.

La récupération des ferrets dans le film réduite à une prise d’assaut de la Tour de Londres, nous ne sommes pas même pas encore au bout de nos peines.
A vouloir trop faire briller les talents de bretteurs des mousquetaires, Paul Anderson soustraie tant de réalisme aux scènes de combats que nous n’avons plus aucune notion des mesures. Une fois qu’on les a vus rosser 40 gardes aguerris sur une place publique, comment trembler quand Athos expose son plan de la prise de la Tour. Il donne des chiffres mais que veulent-ils dire ? Qu’est-ce qui est peu, qu’est-ce qui est beaucoup et surtout qu’est-ce qui est trop ; autrement dit quelle est la limite de ce que peuvent accomplir les quatre soldats ? On n’en sait rien, on écoute docilement en attendant de voir de quoi il va en retourner.
Eh bien, au flou de l’évaluation de la difficulté des épreuves se superpose celui d’une série de coups de théâtre qui, croit-on, dissimulent plus la flegme des scénaristes qu’ils ne révèlent leur inventivité. On ne savait pas si affronter une centaine de soldats constituaient un challenge pour eux, voilà qu’on les découvre d’un coup en possession d’une machine de guerre surpuissante dont on nous a habilement épargnés la prise et la nécessité de la prise.

Avantage des mousquetaires ? Cette machine de guerre, enterrée pendant un siècle dans les sous-sols d’un palais vénitien, dont la capture sert de prologue au film, doit être, on suppose, l’enjeu majeur de la rivalité militaire de Richelieu et Buckingham. Celui qui la possèdera aura la victoire pour lui – Au passage, on peut noter que l’envie de guerre est si forte chez l’un et l’autre qu’on se demande bien ce qui les retient – eh bien, rien n’y fait, la machine est aussi vite démultipliée en taille et en nombre, suffisamment pour rendre l’originale ce qu’est une arbalète à une ballaste. Tout s’annule. Impossible de frissonner. C’est l’overdose générale.

Disons aussi que le roman repose pour une bonne part sur des histoires de tromperies et d’amours contrariés. Dans notre film, Constance n’est que Constance, elle n’est pas Mme Bona cieux, Anne d’Autriche n’est pas prise entre la convoitise de Buckingham et de Richelieu – tous les 2 prêts à entrer en guerre pour elle – et par-dessus-tout il n’est pas spécifiquement question que Milady ait été mariée à Athos, quoiqu’on leur prête tout de même une liaison. Or voilà, c’est cette dernière histoire, agrémentée d’un peu de cruauté, Athos, et de beaucoup de goujaterie, D’Artagnan, qui fait que Les 3 mousquetaires, le roman, a un peu plus de corps que quelques cabrioles assortis de bons mots. Et effectivement, nos mousquetaires modernes, on le voit bien, ont une folle envie de défroquer leur adversaire et de leur imprimer à l’épée un M sur le ventre. Il s’en faut de peu.
Milady de Winter donc, version Mila Jovovich, vulgaire au possible, achève pour de bon le film. Intrigante sans passé, sans honte ni vengeance, on imagine que dans le dossier de production qui, en quelques lignes, doit brosser le caractère de chaque personnages, il devait y avoir écrit pour elle « une sorte de Mc Gyver sexy ».

Bon, bon, retenons du positif : Juno Temple qui fait Anne d’Autriche est bien. Madds Mikelsen qui fait Rochefort est bien aussi. Hem … voilà. En attendant une prochaine version.

Titre original : The Three Musketeers

Réalisation : Paul WS Anderson

Interprétation : Logan Lerman, Milla Jovovich, Christoph Waltz, Orlando Bloom

date de sortie : 12/10/2011

Distribution : UGC Distribution

Crédit Photo : UGC Distribution

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