Le Skylab de Julie Delpy

Réponse involontaire au Melancholia de Lars von Triers , Skylab de Julie Delpy suit une famille hétéroclite, au bord de la crise de nerfs, le temps d’un week-end à la mer. La menace, matérialisée par la chute imminente du Skylab -station orbitale- plane au-dessus des personnages de cette chronique familiale, mais contrairement au film du réalisateur danois, Le Skylab demeure résolument optimiste en célébrant la vie, sous toutes ses coutures…

A travers le regard d’Albertine (Lou Alvarez), double de Julie Delpy enfant, la réalisatrice dépeint les affres de l’adolescence et l’affection qui unissait les différents membres d’une famille hétéroclite. Il y a d’abord les parents d’Albertine, de gentils artistes gauchos (Julie Delpy, Eric Elmosnino ), l’oncle facho ancien para, un peu trop porté sur l’alcool, le beau-frère espagnol qui vend des objets improbables comme le pouf aspirateur, la mamie grande-gueule (Bernadette Laffont), la mémé rêveuse sourde d’oreille, le grand-oncle fêlé qui n’arrive pas à se pendre (interprété par le père de la réalisatrice)…

Les personnages sont drôles, bien croqués, attendrissants même dans leurs débordements de haine ou de rage (les anciens de l’Indochine ou de l’Algérie). L’opposition militants de gauche et partisans de droite est prétexte à des scènes très cocasses tout en nous rappelant certaines pages d’une histoire que l’on a peut-être tendance à oublier (les conséquences de la décolonisation française, les exactions commises par l’armée, l’espoir incarné par Mitterrand…)

Mine de rien, Julie Delpy traite de nombreux thèmes (le racisme, les inégalités sociales, la transmission de l’héritage familial, la construction de la personnalité) par touches légères mais qui font toujours mouche, notamment à travers les portraits d’enfants comme le petit rejeton du couple bourgeois qui joue un peu trop à la poupée ou le fils du médecin raciste qui aimerait être un mauvais garçon de banlieue… La réalisatrice évite habilement la caricature en refusant de s’appesantir sur les scènes chargées d’émotion ou porteuses de « message » et utilise à bon escient le comique de situation ou les gags répétitifs pour insuffler du dynamisme et de la fraîcheur à ce qui aurait pu se révéler un week-end à la campagne avec une succession de plats très indigestes…

Au rythme des averses (Il pleut!), des oublis (On a oublié Hubert, Maman, mémé!), des repas et des chansons (La Ballade des Gens Heureux de Gérard Lenorman , Bambino de Dalida, L’été indien de Joe Dassin…), on pénètre dans l’intimité de cette grande famille jusqu’au climax de ce week-end, une surboum qui marquera les adieux d’Albertine à l’enfance…

Un très beau film, sans prétentions, qui au-delà de son aspect carte-postale brosse un attendrissant portrait de famille, à mille lieux des images d’Épinal.


written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**